Politique

Éthiopie : une plainte en vue contre la détention de neuf journalistes

L’avocat des journalistes et blogueurs éthiopiens arrêtés en avril a déclaré jeudi vouloir déposer une plainte contre leur détention sans inculpation. Plusieurs ONG ont condamné le gouvernement, qu’elles accusent de museler l’opposition.

Par
Mis à jour le 18 juillet 2014 à 12:08

Des mains derrière un grillage dans un centre de détention. © AFP

Il ne fait pas bon être journaliste en Éthiopie. Arrêtés les 25 et 26 avril, six contributeurs du blog Zone9 et trois rédacteurs de diverses publications nationales sont accusés par les autorités de "crimes graves". L’avocat de huit des neuf suspects a annoncé, jeudi 17 juillet, qu’il allait déposer une plainte contre leur détention sans inculpation depuis bientôt trois mois.

> > Lire aussi : Éthiopie : 9 journalistes et blogueurs interpellés pour "activités criminelles graves"

Le blog Zone9, souvent critique à l’égard des autorités et inaccessible en Éthiopie, affirme sur son site que les neuf personnes arrêtées sont désormais suspectées d’"appartenance à une organisation clandestine" et de liens "avec des organisations terroristes à l’étranger".

Selon ce blog, les suspects avaient été initialement accusés d’avoir "travaillé avec des militants des droits de l’homme étrangers (…) et d’avoir incité à la violence via les réseaux sociaux pour déstabiliser le pays".

Une détention "illégale"

Pour l’avocat, Amaha Mekonnen, leur détention est illégale. "Nous attendons toujours qu’ils soient inculpés. Je vais déposer une plainte contre la police, demandant à la justice de contraindre la police à les libérer". Selon lui, ses clients sont actuellement dans un vide juridique : la justice n’a, pour le moment, ni autorisé la police à poursuivre leur détention, ni permis leur libération sous caution.

"Il s’agit clairement d’une campagne du gouvernement pour faire le ménage" parmi ceux qui critiquent le parti au pouvoir, a poursuivi l’avocat. Il a également assuré que ses clients avaient été arrêtés "sans preuves suffisantes". Mais le gouvernement a affirmé que les suspects étaient détenus dans le respect de la loi.

"Ils sont soupçonnés pour leurs liens avec ces éléments qui sont déterminés à renverser ce gouvernement par des moyens inconstitutionnels", a déclaré le ministre de la Communication, Redwan Hussein.

La situation de la liberté de la presse en Éthiopie est considérée comme l’une des plus préoccupantes au monde, avec notamment 49 journalistes éthiopiens qui vivent en exil, selon le Comité de protection des journalistes (CPJ).

Volonté de réduire au silence les voix dissidentes

Plusieurs ONG de défense des droits de l’Homme et de la liberté de la presse ont condamné les arrestations des neuf blogueurs et journalistes. Elles ont accusé le pouvoir éthiopien de vouloir réduire au silence les voix dissidentes à l’approche d’élections en mai 2015.

"Les autorités éthiopiennes tentent de donner l’impression que cette affaire est judiciaire quand, en réalité, il s’agit de représailles et d’une tentative de faire taire les détracteurs du gouvernement", a estimé Tom Rhodes du CPJ.

Mais le ministre de la Communication a rejeté ces accusations. Il a assuré que les médias indépendants étaient autorisés en Éthiopie. "Ceux qui critiquent sont déjà ici à Addis[-Abeba] et publient tous les jours", a-t-il lancé.

Plusieurs journalistes, militants et opposants ont été condamnés ces dernières années en Éthiopie sur la base d’une loi antiterroriste controversée, dont le caractère vague permet, selon ses détracteurs, d’étouffer la liberté d’expression et de museler les dissidences.

(Avec AFP)