Politique

Le Maroc, la présentatrice égyptienne et les travailleurs du sexe

Les Marocains dénoncent des assauts d’ »antimarocanisme » primaire de la part des médias égyptiens. En cause : les scènes caricaturales d’une série télé et, surtout, le dérapage verbal d’une présentatrice de la chaîne ON TV…

Par - Damien Glez
Mis à jour le 21 juillet 2014 à 13:37

L’animatrice d’ON TV Amany El Khayat a présenté le Maroc comme une maison close. © Glez/J.A.

En ce mois de ramadan où il est de bon ton d’afficher des comportements sains, le royaume avait jusque-là des raisons d’être fier. L’actualité récente offrait au monde une galerie valorisante de Marocains primés au-delà de leurs frontières. En France, Myriam Bourhail a été la meilleure bachelière 2014, avec une note de 21,03/20. Tantôt présentée comme "marocaine" et tantôt comme "française d’origine marocaine", elle a été reçue à l’Assemblée nationale française et invitée par Mohammed VI à la fête du trône. À Dubai, c’est le Marocain Mouad Daouik qui vient de remporter le trophée de la "plus belle récitation du Coran" au Dubai International Holy Quran Award. Quelques jours plus tôt, c’est en Jordanie que le critique marocain Saïd Benkrad se voyait attribué le prix du conteur "Badr Abdelhak" par la Ligue des écrivains jordaniens.

Le royaume chérifien aurait donc pu s’enorgueillir d’une réputation sans faille, si l’offense n’était venue de l’autre extrémité de la Méditerranée. Mercredi 16 juillet, sur la chaîne égyptienne ON TV, l’animatrice Amany El Khayat évoque la situation sécuritaire dans la bande de Gaza. Sautant quasiment du coq à l’âne, via une vidéo d’un dirigeant du Hamas, Khaled Mechaal, appelant les Marocains à plus de solidarité avec les Palestiniens, elle se hasarde à commenter les rapports entre la monarchie et l’islamisme politique dans ce pays du Maghreb.

Clichés fictionnels

Selon elle, le monarque chérifien n’aurait utilisé le PJD que comme un pare-feu contre les bourrasques du printemps arabe. La commentatrice, mal, inspirée, saute de l’âne à un autre coq, en évoquant une économie marocaine basée sur la prostitution. Entamant une démonstration scabreuse, elle établit un lien entre un pays présenté comme une maison close et un taux de contamination au VIH qui, selon elle, serait, au Maroc, l’un des plus élevés. Le royaume du Maghreb serait-il donc un lupanar ?

L’affaire du "Rubygate" a jeté une lumière plutôt crue sur une certaine jeunesse du Maroc.

La saillie verbale de la présentatrice aurait peut-être moins choqué si l’analyse prétendument journalistique n’avait pas enfoncé le clou de récents clichés fictionnels. Quelques jours plus tôt, l’épisode 13 du feuilleton égyptien "Adam" présentait le Maroc comme un pays de sorcellerie où les Amazighs se comporteraient comme des sauvages.

Mannequins à louer ?

Il est vrai que le tout récent acquittement de Silvio Berlusconi dans l’affaire du "Rubygate" a rappelé que la juvénile et pulpeuse Karima "Ruby" avait jeté une lumière plutôt crue sur une certaine jeunesse du Maroc. Entre exportation de Marocaines dévergondées et importation de vices européens, d’autres "sexophiles" sexagénaires célèbres auraient, depuis longtemps, profité du cadre idyllique de Marrakech pour quelque partie fine. La justice britannique enquête d’ailleurs sur une société internationale de courtage financier, Tradition Financial Services, qui aurait organisé au Maroc des agapes dont les défilés mettaient moins en valeur l’élégance de vêtements à vendre que les mensurations de mannequins à louer.

Les mœurs du Maroc serait-il donc plus dissolues que ceux des autres pays africains du pourtour méditerranéen ? Au moment de le démontrer, l’impudente journaliste égyptienne avoua, dans une nouvelle édition de son émission, qu’elle n’était jamais allée au Maroc. Pschitt. Après l’indignation du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shokry, et les excuses médiatiques d’Amany El Khayat, les jeûneurs marocains pouvaient éteindre le feu de leur cœur outré et reprendre leur carême en paix.

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Damien Glez