Politique

Ramtane Lamamra : « Un accord dans cent jours » sur le Nord-Mali

Le chef de la diplomatie algérienne fait le point sur le dialogue inter-malien, entamé le 16 juillet, et qui devrait être suspendu le 24 juillet avant une reprise à la mi-août. Première importante décision : les négociations prévues à Bamako se dérouleront à Alger avec la bénédiction du gouvernement malien, des pays voisins et des partenaires du processus : ONU, Cedeao, UA, UE et OCI.

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Mis à jour le 21 juillet 2014 à 18:58

Ramtane Lamamra : « Notre souhait est que l’accord soit solennellement signé le 24 octobre. » © Farouk Batiche/AFP

Jeune Afrique : Trois jours après son entame, comment se présente le dialogue inter-malien ?

Ramtane Lamamra : Il se présente très bien. Sept mois nous séparent de la visite, le 19 janvier à Alger, du président Ibrahim Boubacar Keïta au cours de laquelle il avait demandé au président Abdelaziz Bouteflika que l’Algérie dirige le processus de sortie de crise, souhait partagé par les mouvements politico-militaires du nord du Mali. Sept mois de travail, de persévérance et de pédagogie. Nous nous sommes attelés à réunir le gouvernement malien et les mouvements politico-armés du Nord, en présence des pays de la région, des organisations régionales et internationales. C’est déjà un résultat non-négligeable. Les choses sont sur les rails et nous nous en félicitons.

Le début est tout de même laborieux. Le climat de méfiance est perceptible et les positions semblent inconciliables…

Une médiation internationale est, par définition un processus ardu. Son objectif est de concilier l’inconciliable. La complexité du dossier malien ne nous a pas empêchés d’obtenir un échange de prisonniers à la veille du début des négociations. Dois-je vous rappeler que la libération, le 15 juillet, des personnes détenues par l’État malien était prévue par l’accord de Ouagadougou signé il y a plus d’un an ? Le même jour, 45 agents gouvernementaux, civils et militaires, détenus depuis l’accès de fièvre du 21 mai à Kidal, ont pu enfin rejoindre leur foyer à la veille du lancement du dialogue à Alger. Cette mesure d’apaisement et de confiance ainsi que son aspect humanitaire démontrent la détermination des parties maliennes à aller de l’avant.

Les mouvements armés contestent la présence de groupes politico-militaires de l’Azawad estimant qu’il ne s’agit pas de belligérants. Cela pollue-t-il davantage les négociations ?

Ce n’est pas une situation inédite. Nous avons été confrontés au même problème à Ouaga. Je vous rappelle que l’accord arraché, en juin 2013, par le président Blaise Compaoré et le ministre Djibril Bassolé a, dans un premier temps, été signé par les mouvements armés avant de voir, quelques jours plus tard, les autres groupes politico-militaire y adhérer. Dans la préparation du dialogue que nous avons entamé, le 16 juillet, nous sommes en présence d’un groupe de mouvements ayant signé la déclaration d’Alger, le 9 juin, et d’un autre s’étant engagé dans une plateforme adoptée, le 14 juin, toujours à Alger. Nous sommes convaincus d’une chose : un dialogue inclusif est la meilleure garantie pour la durabilité d’un accord et sa crédibilité aux yeux de l’opinion malienne. En d’autres temps et d’autres lieux, ces querelles de représentativité ont retardé les solutions de sortie de crise avec souvent des conséquences douloureuses pour les populations.

L’Algérie conduit ces négociations en toute transparence. Elle le fait pour elle-même, pour le Mali et pour l’ensemble de la communauté internationale.

Des cadres dirigeants du MNLA ont fait part de leur étonnement de l’absence de la France dans ce processus. En avez-vous eu vent ?

Non, mais je précise que le médiateur algérien est en contact étroit avec la France et les États-Unis qui soutiennent sans réserves le processus que nous menons. L’Algérie conduit ces négociations en toute transparence. Elle le fait pour elle-même, pour le Mali et pour l’ensemble de la communauté internationale qui a exprimé ses vives préoccupations à l’égard de la crise malienne.

>> Lire aussi l’interview de Blaise Compaoré ici

Techniquement, comment les négociations se déroulent-elle ? Y-a-t-il un consensus sur la méthode de travail ?

C’est ce sur quoi nous nous sommes attelés au cours des trois premiers jours du dialogue (ces propos ont été recueillis le 19 juillet en fin de journée, NDLR). Pour l’heure l’équipe de la médiation travaille avec les trois composantes de ce processus : le gouvernement, la Coordination du 9 juin (MNLA, HCUA et MAA) et la coalition de la plateforme du 14 juin.

Échangent-elles durant les séances de travail ?

Il y a des rencontres informelles en marge de travaux dont l’objectif est d’arriver à l’élaboration d’une feuille de route pour le déroulement des négociations proprement dites. Cela devrait être fait d’ici au 24 juillet, date de la suspension du dialogue avant une reprise à la mi-août.

Notre souhait est que l’accord soit solennellement signé le 24 octobre, une date qui coïncide avec la Journée des Nations unies, donc de la paix.

Les négociations prévues à Bamako par l’accord de Ouaga ne sont donc pas pour demain ?

Pour accélérer le processus et lever toute entrave, le gouvernement malien a donné son accord pour que toutes les négociations se déroulent à Alger à la seule condition que la phase ultime se déroule au Mali. Pas spécialement à Bamako, car cette cérémonie peut se dérouler dans une autre ville du territoire malien.

Avez-vous une estimation de temps que devraient durer ces négociations ?

Selon nos projections, 100 jours. Un chiffre symbolique pour vous et vos confrères puisque vous en avez fait la durée d’un état de grâce pour un président, voire une échéance pour faire un premier bilan. Un calendrier définitif étant prématuré à ce stade des discussions, notre souhait est que l’accord soit solennellement signé le 24 octobre, une date qui coïncide avec la Journée des Nations unies, donc de la paix.

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Propos recueillis à Alger par Cherif Ouazani, envoyé spécial.