Politique

Gaza : 15 Palestiniens tués dans le bombardement d’une école de l’ONU par Israël

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Des Palestiniennes pleurent leurs proches tués, le 24 juillet 2014 à Beit Lahiya.

Des Palestiniennes pleurent leurs proches tués, le 24 juillet 2014 à Beit Lahiya. © Mahmud Hams/AFP

Le bombardement par Tsahal d’une école gérée par l’ONU à Beit Hanoun, jeudi, a fait au moins 15 morts et 200 blessés, dont de nombreux enfants. On compte désormais 804 Palestiniens tués, en majorité des civils, depuis le début de l’opération israélienne contre le Hamas à Gaza, et le risque est grand que le conflit s’étende à la Cisjordanie si un cessez-le-feu n’est pas signé rapidement.

C’est une petite école gérée par l’Agence pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA), à Beit Hanoun au nord de la bande de Gaza. Comme quelque 110 000 autres Palestiniens chassés de leur foyer par l’opération militaire israélienne lancée le 8 juillet contre le Hamas et qui a déjà fait plus de 800 morts, de nombreux civils s’y étaient réfugiés. Mais jeudi, peu avant 15 heures (12h GMT), un tir de Tsahal a frappé l’école, faisant un véritable carnage.

"Certaines personnes ont été décapitées ou tuées sur le coup, il y avait tant de martyrs et de blessés", raconte un résident de Gaza Mohammed Nasser al-Kafarna. Selon les services d’urgence locaux, le bilan est d’au moins quinze morts et 200 blessés. À la morgue de l’hôpital de Jabaliya, près de Beit Hanoun, un photographe de l’AFP a vu neuf corps, dont celui d’un enfant d’un an et de sa mère.

Selon l’Unicef, 116 écoles de Gaza, dont 75 de l’UNWRA, ont été endommagées par les tirs israéliens depuis le 8 juillet.

Ban Ki-moon "consterné"

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est dit "consterné" et a déploré "de nombreux morts", dont des femmes, des enfants et des employés de l’Organisation. Le drame met en lumière un aspect méconnu de l’opération "Bordure protectrice" (dénommée "Puissante falaise", en hébreu) : selon l’Unicef, 116 écoles de Gaza, dont 75 de l’UNWRA, ont été endommagées par les tirs israéliens depuis le 8 juillet.

Arrivée à l’hôpital de familles palestiniennes ayant fui l’école touchée par des tirs israéliens, le 24 juillet 2014 à Beit Hanoun. © Marco Longari/AFP

"Quarante-cinq membres de ma famille se cachaient ici, mes fils et leurs fils. Nous n’avons pas pu sauver ma tante, elle est toujours à l’intérieur de l’école. Elle a été blessée, nous ne savons pas si elle est encore vivante", pleurait une femme. Une petite fille : "Mon père est mort. La Croix-Rouge nous a aidés à quitter l’école et c’est à ce moment-là que le bombardement a eu lieu", raconte-t-elle.

L’ambassadeur palestinien à l’ONU a demandé dans une lettre au Conseil de sécurité "une enquête immédiate, impartiale et complète". De son côté, Tsahal a promis d’enquêter sur le drame, expliquant avoir riposté à des tirs de roquettes par des combattants du Hamas. Mais dans un communiqué, le commissaire-général de l’UNWRA, Pierre Krähenbühl, a accusé Israël de n’avoir jamais répondu à une demande de couloir humanitaire pour évacuer l’école.

>> Voir : une vidéo pour comprendre en 3 minutes l’absurdité du conflit israélo-palestinien

Refus de trève par Tsahal ?

"Nous avons passé une grande partie de la journée à essayer de négocier et d’organiser une trêve pour permettre aux civils, notamment à notre personnel, de partir. Cela n’a pas été accordé. Les conséquences sont tragiques", a expliqué le porte-parole de l’UNRWA, Chris Gunness. "Nous voulions évacuer car il y avait des combats autour de l’école. Les coordonnées précises de cet abri à Beit Hanoun avaient été formellement fournies à l’armée israélienne", a-t-il souligné. Un porte-parole militaire, Peter Lerner, a cependant rejeté ces accusations.

"Il a tort, a-t-il dit, affirmant qu’une trêve avait été accordée entre 10h et 14h locales. Nous leur avons demandé pendant trois jours d’évacuer les gens car nous savions que le Hamas ferait tout pour les mettre en danger", a poursuivi le militaire, reprenant la thèse classique de Tsahal, selon laquelle le mouvement islamiste palestinien est responsable de ces pertes civiles en utilisant sa population comme boucliers humains, dissimulant son arsenal et ses centres opérationnels dans des hôpitaux, des mosquées ou des écoles… De fait, l’UNWRA a annoncé cette semaine avoir découvert des caches d’armes dans les locaux de… deux de ses écoles.

Au 18e jour de l’opération israélienne, celle-ci a déjà fait 804 morts palestiniens, pour la majorité des civils. Au total 181 enfants ont été tués et 1 200 blessés, selon l’Unicef. Côté israélien, 32 militaires et deux civils ont été tués, ainsi qu’un ouvrier agricole thaïlandais. Le lourd bilan des pertes civiles suscite d’âpres critiques contre Israël. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a diligenté une enquête sur de possibles "crimes de guerre" commis par l’armée israélienne tout en dénonçant les attaques aveugles du Hamas en Israël.

Vers une 3e intifada ?

Le conflit menace en outre de s’étendre en Cisjordanie occupée, où de violents affrontements entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes ont fait un mort jeudi soir et où l’on craint le début d’une 3e intifada. Dans ce contexte, les efforts en vue d’arriver à un cessez-le-feu à Gaza semblaient s’intensifier. Le cabinet de sécurité israélien devait se réunir vendredi pour discuter une proposition de cessez-le-feu transmise au Premier ministre Benjamin Netanyahou par le secrétaire d’État américain John Kerry lors d’une rencontre mercredi à Tel-Aviv, selon les médias locaux.

"Si le Hamas accepte la proposition américaine, il n’est pas impossible qu’il y ait aussi une décision israélienne pour l’accepter", a indiqué la radio publique en citant une source israélienne anonyme. "L’espoir de cessez-le-feu qu’avait fait naître John Kerry mercredi est toujours vivant", a assuré de son côté jeudi le président palestinien Mahmoud Abbas après avoir rencontré le roi Abdallah de Jordanie. Il a demandé que soit appuyée la proposition égyptienne de cessez-le-feu rejetée par le Hamas la semaine dernière.

Avant d’étudier tout cessez-le-feu, le mouvement islamiste exige en effet une levée du blocus imposé depuis 2006. "Nous voulons un cessez-le-feu dès que possible, parallèlement à la levée du siège de Gaza", a réaffirmé le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, dans un entretien jeudi à la BBC. "Nous voulons un aéroport, un port, nous voulons nous ouvrir au monde. Nous ne voulons pas être contrôlés par une frontière qui fait de Gaza la plus grande prison du monde", a-t-il ajouté.

(Avec AFP)

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