Diplomatie

Gaza : que peut, que doit faire l’Afrique ?

| Écrit par Damien Glez
Les trèves dans le conflit sont courtes et peu respectées.

Les trèves dans le conflit sont courtes et peu respectées. © Damien Glez

La communauté internationale semble impuissante face à l’escalade de l’opération Bordure protectrice dans la bande de Gaza. Que dit l’Afrique ? Que doit dire l’Afrique ? Que peut l’Afrique ?

« Notre liberté n’est pas complète sans celle des Palestiniens ». L’auteur de ces lignes manque décidément, et pas seulement à l’Afrique. C’est quelques années après sa libération de prison que le président sud-africain Nelson Mandela trouvait ces mots à son image : simples et appropriés. Quelques jours après le premier « Mandela day » sans lui et en pleine opération « Bordure protectrice » à Gaza, sa voix a laissé place à de l’embarras gauche ou de l’outrance parfois peu documentée. Dans son propre pays, même si la ligne politique proche-orientale officielle est toujours la même, Jacob Zuma a mis du temps à réagir, précédé par des déclarations « outragées » de l’ANC, d’appel au boycott des produits israéliens par l’archevêque Desmond Tutu ou de propos bigarrés émis par des membres de la communauté juive sud-africaine.

Sous pression, l’actuel président sud-africain n’a pu que servir de l’eau tiède dans sa déclaration du 20 juillet, appelant à des négociations en vue de la « solution des deux États ». Pas de clash diplomatique, pas de rappel ou d’exclusion d’ambassadeur d’Israël, ce pays qui cultiva des liens étroits avec le régime d’apartheid, mais qui constitue aujourd’hui un partenaire commercial important. Il aura fallu la crise israélo-palestinienne pour que le loquace Zuma tourne sa langue sept fois dans sa bouche…

Prudence verbale

Il est vrai que l’Afrique s’invite rarement dans les sujets jugés étrangers au continent. Et prudence verbale est souvent mère de toutes les sûretés diplomatiques. Que ferait aujourd’hui l’Afrique du plan d’invasion du plateau du Golan d’Idi Amin Dada ? Ou de l’analyse géopolitique de Mouammar Khadafi qui voyait Israël « derrière tous les conflits en Afrique » ? L’iconique Afrique du sud mise de côté, quelle voix nationale africaine porte-t-elle suffisamment pour influer d’une quelconque manière sur la tragédie de Gaza ?

Est-ce donc à la rue de porter la voix du continent ?

Comme sur d’autres sujets, il est ardu d’obtenir une position continentale. Formellement, tous les Etats de l’Union africaine n’entretiennent pas les mêmes rapports avec Israël. L’Algérie, Le Soudan, la Somalie ou le Tchad ne reconnaissent pas l’État hébreu, tandis que le Maroc et la Tunisie, membres de la Ligue arabe, ne s’interdisent pas quelques relations avec lui. L’Égypte, quant à elle, faisait bande à part dès 1979, en reconnaissant Israël. D’autres nations comme la RDC, le Rwanda ou le Cameroun font en général preuve d’un silence bienveillant à l’égard des autorités de Tel Aviv. Le Mali, lui, décrétait une journée de deuil national pour les victimes de Gaza, le 25 juillet, deuil passé finalement inaperçu, le lendemain du crash du vol AH5017 d’Air Algérie.

Est-ce donc à la rue de porter la voix du continent ? Le Maroc ou la Mauritanie ont connu des manifestations pro-Gaza aux mobilisations d’autant plus honorables qu’elles se déroulaient en pleine période de jeûne. C’est plutôt un flop qu’ont connu les appels à manifester en Tunisie, tandis que des manifestants égyptiens se heurtaient à la répression de l’armée. L’Afrique noire, elle, manifeste traditionnellement peu, sinon contre des mesures sociales ou des rebondissements politiques très locaux. Ce mois-ci, Dakar voyait tout de même des manifestants fouler le pavé. Au-delà des cris d’indignation, les états africains timides et leur société civile prendront-ils massivement le train de la campagne internationale « BDS » (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre Israël ?

Vocations alternatives

Le monde est-il simplement abasourdi ? Début juillet, il observait ce qui ressemblait à des faits-divers aux relents de loi du Talion. On déplorait alors la mort de trois étudiants israéliens et d’un jeune Palestinien. Un mois plus tard, ce sont plus de 1 200 Palestiniens et 50 Israéliens qui ont péri. À Gaza, les bombardements « précautionneux » qui informaient les populations civiles avant la destruction d’un immeuble frappent aujourd’hui des écoles, des centres de santé ou des centrales électriques. Dialogue de sourd entre un Benyamin Netanyahou qui ne voit dans le Hamas palestinien qu’une organisation terroriste et un Ismaël Haniyeh qui ne reconnaît pas l’existence de l’État d’Israël. Jeu de dupe fait d’annonces de vraies-fausses trêves qui ressemblent à des trompe-l’œil stratégiques.

Dans cet enchevêtrement politique caractérisé par une inefficacité coupable de la communauté internationale, même les États-Unis semblent perdre leur influence traditionnelle. L’impuissance de la puissance américaine est-elle de nature à décourager tout autre initiative ? Devrait-elle au contraire susciter des vocations alternatives ? L’Afrique mobilisera-t-elle son poids politique pour peser sur le cours des événements ?

>> Retrouvez tous les dessins de Damien Glez ici

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Damien Glez

 

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