Culture

Omedeto Fugard, l’Afrique et la Fondation Zinsou !

Ou « bravo », en japonais… Pour la première fois, un créateur du continent, Athol Fugard, reçoit le « prix Nobel des arts ». La Fondation Zinsou, au Bénin, est elle aussi distinguée par le pays du Soleil-Levant.

Mis à jour le 21 juillet 2014 à 09:13

Athol Fugard, sud-africain de 82 ans est l’auteur d’une oeuvre multiforme. © Alastair Muir/Rex Features/Sipa

Présider une fondation d’art contemporain en Afrique vous amène à faire parfois des choses auxquelles vous n’auriez pas forcément pensé, comme apprendre le japonais en quarante jours ! C’est en effet dans la langue du pays du Soleil-Levant que la pétillante Marie-Cécile Zinsou a remercié les membres du Praemium Imperiale (qui se veut le Nobel des arts). Les lauréats 2014 ont été présentés le 16 juillet à Paris et, pour la première fois, un artiste du continent est l’un des six récipiendaires de ce prestigieux prix créé en 1988 par la Japan Art Association.

Après Francis Ford Coppola en 2013, le Sud-Africain Athol Fugard se verra remettre le 15 octobre à Tokyo le Praemium Imperiale dans la catégorie théâtre-cinéma. C’est une oeuvre multiforme (l’auteur de The Island et de Tsotsi est dramaturge, acteur, romancier…) qui se trouve ainsi récompensée. Celui qui se définit comme un "Afrikaner qui écrit en anglais" s’est engagé dès les années 1960 contre l’apartheid par son écriture et sa volonté farouche de faire monter sur les planches Blancs et Noirs ensemble.

Il a pris très tôt "conscience de l’immense responsabilité, de l’obligation morale pour un auteur d’utiliser son écriture dans une situation comme celle de l’Afrique du Sud, d’oser protester contre le système". Avec des pièces post-apartheid plus personnelles mais qui n’ont rien perdu de leur acuité sur la condition humaine, Athol Fugard veut "aujourd’hui davantage célébrer que condamner ou critiquer".

>> Lire aussi : "Moi, Nadine Gordimer, Africaine blanche"

4,6 millions de visiteurs à la Fondation Zinsou

Un choix que partage Marie-Cécile Zinsou qui, grâce à la fondation familiale créée en 2005 à Cotonou, célèbre elle aussi la création du continent et, surtout, la fait découvrir aux enfants des écoles béninoises. En moins de dix ans et avec un budget annuel de 1 million d’euros, la Fondation Zinsou a accueilli près de 4,6 millions de visiteurs et a ouvert en novembre un musée d’art contemporain à Ouidah. Les 5 millions de yens (environ 36 000 euros) du Prix d’encouragement pour les jeunes artistes serviront à préparer la prochaine édition de la biennale "Dansons maintenant !" qu’organise également la fondation.

"Cela nous permettra d’aider les artistes à monter des créations. Toutes les pièces qui seront présentées en décembre seront inédites", s’enthousiasme la fille de Lionel Zinsou, le président du comité exécutif de PAI Partners, qui finance à 60 % la fondation. Un engagement bien rare sur le continent et au Bénin où, en 2013, le ministre de la Culture a fait détruire une des oeuvres de la série "Les Hommes debout", réalisée par le Sud-Africain Bruce Clarke en hommage aux victimes du génocide et de l’esclavage.