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Quand le cours du pétrole a entraîné le naira dans sa chute

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La Banque centrale du Nigeria espère stabiliser l'économie nationale, avec cette dévaluation.

La Banque centrale du Nigeria espère stabiliser l'économie nationale, avec cette dévaluation. © Akintunde Akinleye/Reuters

En dévaluant de près de 9 % la monnaie nationale, les autorités espèrent stabiliser leur économie, qui souffre de la baisse vertigineuse des cours de l’or noir. Mais cette mesure suffira-t-elle à redresser la barre ?

Baptême du feu pour Godwin Emefiele. Le successeur de Lamido Sanusi à la tête de la Banque centrale du Nigeria (BCN) fait face à sa première crise d’envergure depuis sa nomination, en mars. À l’approche des élections générales de février prochain, l’incertitude grandit chez les investisseurs internationaux, qui désertent la Bourse de Lagos. Et la valeur de la monnaie nationale, le naira, ne cesse de dégringoler face au dollar depuis plusieurs semaines. Une dépréciation d’environ 9 % (depuis janvier) entraînée par la chute brutale des cours du pétrole, de plus de 30 % en trois mois, jusqu’à 76 dollars le baril (60,90 euros) le 27 novembre.

Suivi de près par la communauté financière, qui attendait de voir quels choix il opérerait afin de redresser la barre, Godwin Emefiele a coupé court aux spéculations. Il a annoncé, le 25 novembre, la dévaluation du naira. Le taux de change officiel de la banque centrale est ainsi passé de 155 à 168 unités de la monnaie locale pour un dollar, se rapprochant de celui pratiqué sur le marché noir, où le billet vert s’échange contre plus de 180 nairas. Et la nouvelle parité de la banque centrale peut fluctuer de +/- 5 % ( une variation plus large qu’auparavant, avec +/- 3 % ). Dans le même temps, le taux d’emprunt des banques privées auprès de la banque centrale a été porté de 12 % à 13 % (la première augmentation depuis trois ans) dans le cadre de mesures destinées à contenir l’inflation (environ 8 %) avant les élections.

« Audacieuses »

« Les défis actuels exigent des mesures politiques audacieuses. » C’est ainsi que le gouverneur de la banque centrale, qui a à coeur de démontrer son indépendance vis-à-vis du pouvoir, a lui-même commenté ces mesures peu populaires, qui ne font pas forcément les affaires de Goodluck Jonathan. Le président sortant devrait briguer un nouveau mandat en février.

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Mais bien qu’elle ait été jugée « difficile mais nécessaire » par les analystes et applaudie par le Fonds monétaire international (FMI), cette nouvelle politique monétaire suffira-t-elle pour enrayer les difficultés auxquelles est confrontée la première économie du continent ? Pour les analystes d’Ecobank, « cette décision [la dévaluation] crée une plus grande flexibilité pour la banque centrale, qui sera en mesure de soutenir le naira dans les limites des ressources disponibles tout en respectant ses obligations à court terme ».

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En effet, depuis le début de cette année, la banque centrale a dû puiser en moyenne 27,9 millions de dollars par jour dans ses réserves de change pour défendre sa devise. Le niveau de cette manne est ainsi descendu à environ 38 milliards de dollars aujourd’hui, contre à peu près 53 milliards en 2008.

Refus

Plusieurs institutions financières estiment que le Nigeria doit envisager des mesures supplémentaires pour être prêt à gérer de nouvelles baisses et fonder ses choix sur des scénarios crédibles. D’autant plus que, à la suite de la réunion de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole) qui s’est tenue dans la foulée, le 27 novembre, à Vienne, et du refus des membres de cette organisation de réduire leur production, les cours du brut ont encore chuté, descendant à environ 72 dollars (contre 76 dollars le matin même) le baril de brent, soit son niveau le plus bas depuis mi-2010.

D’après une note de Barclays, le pays, qui tire plus de 90 % de ses recettes en devises de l’exportation du pétrole, pourrait perdre environ 740 millions de dollars de recettes annuelles pour chaque baisse de 1 dollar du prix du baril. D’autant que la production du pays est en baisse, à environ 2 millions de barils aujourd’hui contre 2,38 millions six mois plus tôt. Résultat, la thèse d’une nouvelle dévaluation du naira commence à faire son chemin. Car, comparée au rouble russe ou encore au peso colombien, qui sont eux aussi frappés de plein fouet par la chute des cours du pétrole, la monnaie nigériane a connu une baisse moindre. Selon les données cumulées par l’agence Reuters, la valeur actuelle du naira est même supérieure de 34 % à sa moyenne sur les dix dernières années.

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