Politique

Du Maroc à l’Égypte, opération barricades contre le terrorisme

Mis à jour le 30 juillet 2014 à 16:55

Face à la menace de multiples groupes armés, les pays d’Afrique du Nord se retranchent derrière leurs frontières. Mais la nécessité de passer à l’offensive se fait de plus en plus impérieuse.

Proche de la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, la ville de Tébessa est devenue le QG de pourparlers sécuritaires d’envergure ce mardi 22 juillet. Suite à l’attaque terroriste du mont Chaambi, non loin de là, où quinze militaires tunisiens ont été tués le 16 juillet, le chef du gouvernement tunisien, Mehdi Jomâa, et le Premier ministre algérien, Abdelamelk Sellal, ont scellé un accord visant à mener des opérations concertées le long de leurs frontières. Ainsi, 14 000 soldats algériens et tunisiens seront mobilisés.

Un déploiement sécuritaire qui ne se résume pas à une affaire algéro-tunisienne. Du Maroc à l’Égypte, les pays d’Afrique du Nord barricadent leurs frontières face à une hydre aux tentacules gigantesques mêlant islamisme armé, terrorisme, trafics en tous genres… "Le danger terroriste", tel qu’il est officiellement (et vaguement !) nommé.

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Ainsi, après que les pays voisins de la Libye ont annoncé, le 14 juillet, la création d’une commission commune pour sécuriser les frontières, le Maroc a confirmé la construction d’un grillage truffé de détecteurs électroniques sur la frontière est avec l’Algérie, de Saïdia jusqu’à Figuig, soit sur 450 km.

La sécurisation de ces lignes s’impose comme une condition indispensable à la stabilité régionale, tant pour le Maghreb que pour toute la bande saharienne. Il faut contenir une menace apparue dans les années 1990 avec la création de la katiba Al-Shahada (formée par Mokhtar Belmokhtar, appartenant aux Groupes islamiques armés). Déjà à cette époque, les frontières des pays d’Afrique du Nord n’existaient pas pour ces "terrobandits", qui sillonnaient le désert et les montagnes.

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Des opérations défensives insuffisantes

Bien que de plus en plus confrontés au "nomadisme de l’insécurité", ces États ont tardé à prendre des dispositions communes. Ainsi, lorsque Tripoli propose à Alger et à Tunis, dès novembre 2013, de créer des unités conjointes afin de patrouiller aux frontières, il ne reçoit que des réponses polies, sans véritable volonté d’action.

Ces atermoiements jouent évidemment en faveur des terrobandits. S’ils perdent du terrain dans le sanctuaire du Nord-Mali suite aux opérations françaises Serval puis Barkhane, ils ont vite trouvé une "terre d’asile" en Libye, aidés par la porosité des frontières. Depuis ce territoire, ils expédient des volontaires en Syrie et en Irak (au sein de l’État islamique). Ils amplifient également leur présence en Tunisie et reprennent pied dans le sud de l’Algérie, d’où ils peuvent "rayonner" en Mauritanie, au Mali, au Niger…

Si, pour des questions de souveraineté, Alger est réticent à la création des unités conjointes évoquées par la Libye, en revanche, il est prompt à adopter des mesures de protection pour ses frontières. Dès mai 2013, il a perçu la "montée en nuisance" des jihadistes en Tunisie et a déployé plus de 6 000 hommes sur le mont Chaambi. Et ses unités commando, ses forces spéciales, son aviation opèrent le long des frontières sud et est.

Mais ces opérations défensives ne suffiront pas à vaincre durablement ce fléau. Les pays du Maghreb ne peuvent s’affranchir d’actions offensives : elles seules permettent de garder l’ascendant sur l’ennemi.

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