Sécurité

Nord du Cameroun : avec Boko Haram, la peur au ventre

| Par Jeune Afrique
À Amchidé, à la frontière avec le Nigeria.

À Amchidé, à la frontière avec le Nigeria. © AFP

Dans l’Extrême-Nord du Cameroun, commerçants, douaniers et policiers redoutent les incursions de Boko Haram. Témoignages.

Pour des raisons évidentes de sécurité, il ne souhaite pas donner son nom. Nous l’appellerons Bernard. Depuis plusieurs années, il est douanier dans la région de l’Extrême-Nord, à la frontière avec le Nigeria : "Depuis fin 2011 et les premières attaques de convois de marchandises par Boko Haram au Nigeria, les activités commerciales se sont dégradées. Désormais, tout commerçant qui essaye de traverser est assassiné ou volé. Depuis un an, à mon poste de douane, nos recettes ont été divisées par dix. Les commerçants ont migré vers les provinces voisines."

En tant que membre du bataillon d’intervention rapide (BIR), Jacques – là aussi, son prénom a été changé – est dans la même situation que son compatriote douanier. Il a été mobilisé dans l’Extrême-Nord il y a seulement quelques semaines. Lui aussi ne peut que constater la montée de l’insécurité : "Ces derniers temps, Boko Haram repère en journée comment nous sommes placés, puis nous attaque la nuit, parfois à plus de 200 ou 300 hommes. Désormais, après 18 heures, si quelqu’un passe avec une arme sans répondre au signal convenu, nous tirons."

70 corps de combattants de Boko Haram retrouvés

Depuis le début de l’année, en dehors de ses incursions régulières sur le sol camerounais pour enlever des civils ou voler du bétail pour nourrir ses troupes, Boko Haram aurait mené une dizaine d’attaques occasionnant des échanges de tirs avec les forces camerounaises. Chez les douaniers, c’est la peur au ventre qu’on part au travail tous les matins. Bernard : "Nous remplissons notre fiche de présence à 8 heures, puis nous attendons la fin de la journée… Nous ne nous approchons plus de la frontière avec le Nigeria, car nos fusils MAS 1936 ne fonctionnent pas, et nos effectifs ont été divisés par trois ces dernières années. Mes collègues font ce qu’ils peuvent pour être affectés ailleurs."

Depuis le début des affrontements avec le BIR, 70 corps de combattants de la secte islamiste auraient été retrouvés, mais les pertes seraient beaucoup plus importantes, Boko Haram ramassant généralement les dépouilles de ses hommes. Côté camerounais, on dénombrerait une quinzaine, voire une vingtaine de soldats et de policiers tués. Après les attaques de ces derniers jours, la prudence est de mise : "Mes collègues et moi ne parlons pas de notre travail à des inconnus, car ici, tu ne sais pas qui est qui…", poursuit notre douanier.

D’autant que près de 7 500 réfugiés en provenance du Nigeria sont arrivés dans le nord du Cameroun depuis le mois de mai, d’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

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