Droits de l’homme

Sissi et le massacre de Rabaa al-Adawiya, le Tian’anmen égyptien

Des Frères musulmans manifestant au Caire en faisant avec la main le symbole de Rabaa. © Mahmoud Khaled/AFP

Selon l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, la tuerie de Rabaa al-Adawiya, perpétrée il y a tout juste un an contre des partisans des Frères musulmans, est l’équivalent du massacre de la place Tian’anmen à Pékin en 1989. Au moins 817 personnes y ont péri, le 14 août 2013. Retour en cinq points sur cette journée tragique.

1 – Que s’est-il passé ?

"Sur la place Rabaa, les forces de sécurité égyptiennes ont perpétré en une seule journée l’un des plus importants massacres de manifestants de l’histoire récente", a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. Si l’on retient le bilan non définitif établi par l’ONG sur le terrain, au moins 851 personnes ont été tuées sur place, pour la plupart par des tirs d’armes à feu de la police ou de l’armée égyptiennes. Pendant 45 jours, plusieurs dizaines de milliers de manifestants s’étaient rassemblées sur la place Rabaa al-Adawiya dans l’est du Caire pour dénoncer le coup d’état contre le président élu Mohamed Morsi. Le 14 août 2013, les forces de sécurité ont dispersé ce sit-in géant par la force, en tirant à vue sur les manifestants.

2 – Les manifestants étaient-ils armés ?

Selon les différents témoignages recueillis par Human Rights Watch, les manifestants étaient pour la plupart pacifiques. Les forces de la police et de l’armée ont encerclé les manifestants, par les cinq issues de la place. Après avoir utilisé des gaz lacrymogènes, ils ont ouvert le feu sur la foule, sans laisser une seule issue de sortie pour les manifestants. Des snipers, positionnées sur les toits de bâtiments administratifs voisins ont ajusté leur tir. La plupart des cadavres recueillis dans l’hôpital provisoire installé près de la mosquée de la place portaient des impacts de balles dans le haut du corps. La police a retrouvé, sur place, quinze armes à feu et huit membres des forces de l’ordre sont morts durant l’assaut.

3 – Qui est responsable de la tuerie ?

Les responsables du massacre sont au premier chef l’armée et la police. À l’époque le général al-Sissi dirigeait le ministère de la Défense. Il a été élu président de la République depuis. Pour Kenneth Roth, "il ne s’agit pas seulement d’un recours excessif à la force ou d’un entraînement insuffisant des forces de sécurité. Il s’agit d’une répression violente et planifiée au plus haut niveau du gouvernement égyptien. Beaucoup de ces représentants de l’État sont encore au pouvoir en Égypte alors qu’ils ont bien des comptes à rendre." HRW cite la responsabilité de commandement du ministre l’Intérieur Mohamed Ibrahim, celle du général Sissi et celle du commandant de l’opération, chef des forces spéciales Medhat Menshawy.

4 – Comment a réagi le pouvoir égyptien ?

Aucun officier de la police ou de l’armée n’a été jugé, ni n’a fait l’objet d’enquêtes suite au massacre. Le gouvernement a mis en avant la nécessité d’évacuer la place, occupé depuis des semaines, pour des raisons de gestion de trafic, et des nuisances pour les riverains. Le Premier ministre de transition a même avancé que le bilan était plus faible que prévu puisque le plan d’évacuation prévoyait jusqu’à 2 000 pertes parmi les manifestants. Le contexte des évènements a facilité l’impunité. Human Rights Watch n’a reçu aucune réponse à ses nombreuses requêtes auprès de l’administration. Le 10 août, une délégation de l’ONG a été refoulée de l’aéroport international du Caire, alors qu’elle prévoyait de présenter le rapport sur place.

5 – Pourquoi Rabaa est-il devenu un symbole ?

Depuis juillet 2013, Rabaa est devenu plus que le symbole d’un massacre, une date marquante dans l’histoire des Frères musulmans. Les confrontations ont été nombreuses entre le pouvoir égyptien et la Confrérie, depuis la création de celle-ci en 1928. Des dirigeants illustres ont été emprisonnés, exécutés. Mais c’est la première fois que la violence est aussi massive. Partout dans le monde, des sympathisants islamistes ont adopté un signe de la main, avec quatre doigts levés, le pouce replié sur la paume. En arabe, quatre se dit Rabaa. Même l’ex-Premier ministre turc Erdogan a fait le salut de Rabaa.

>> Pour aller plus loin : "All according to plan", le rapport complet de Human Rights Watch sur le massacre de Rabaa al-Adawiya.

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