Politique

États-Unis : tensions raciales et scènes de guerre… la banlieue de Saint-Louis s’embrase

Émeutes à Ferguson, après la mort de Michael Brown. © AFP

Barack Obama a beau appeler au calme, rien n'y fait. La banlieue de Saint-Louis, dans le centre des États-Unis, est toujours la proie d'affrontements entre des manifestants et une police surarmée, près d'une semaine après la mort de Michael Borwn, jeune homme noir tué par la police dans des circonstances floues.

Voici 5 jours que Michael Brown, jeune Noir de 18 ans, a été tué par la police de Ferguson, dans la banlieue de Saint-Louis, dans des circonstances troubles. Et le calme n’est toujours pas revenu. Mercredi 13 août dans la soirée, des émeutes ont une nouvelle fois opposé manifestants et forces de l’ordre, malgré l’appel au calme lancé par Barack Obama la veille.

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Très tôt mercredi matin, un jeune homme armé avait été grièvement blessé non loin du site des manifestations. Selon la police du comté de Saint-Louis citée par les médias locaux, le jeune homme blessé mercredi, âgé de 19 ans, faisait partie d’un groupe d’une trentaine de personnes qui se sont dispersées à l’arrivée de la police, alertée par un coup de téléphone. Il a brandi une arme et l’a pointée en direction d’un policier, qui a tiré à plusieurs reprises.

Selon la chaîne CNN et d’autres médias, la police anti-émeutes est intervenue sur le site d’une station essence incendiée et les autorités ont également arrêté deux journalistes, Wesley Lowery, reporter au service politique du Washington Post, et Ryan Reilly, du Huffington Post, alors qu’ils se trouvaient dans un restaurant McDonalds de la ville. Ceux-ci ont ensuite été relâchés sans avoir été inculpés.

Des versions divergentes

La communauté noire se mobilise et les manifestations se succèdent alors que les récits sur la mort de Michael Brown divergent. Un témoin, Dorian Johnson, a raconté à la station de télévision locale KMOV qu’il marchait dans la rue avec le jeune homme de 18 ans quand un agent de police s’en est pris à ce dernier et a dégainé son arme. Le policier a tiré sur l’adolescent, qui s’est alors "retourné et a mis les mains en l’air", mais le policier a continué à tirer, selon Dorian Johnson.

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Le chef de la police du comté de Saint Louis, Jon Belmar, a présenté une version sensiblement différente. D’après lui, Michael Brown a été tué après avoir agressé un policier et tenté de lui dérober son arme. Le chef de la police de la ville Tom Jackson, qui tenait une conférence de presse mercredi, a par ailleurs affirmé que le policier responsable des tirs avait été blessé au visage mais n’avait pas été touché par balles, sans plus de précisions, a rapporté le journal local Saint-Louis Dispatch. Le FBI a lancé une enquête fédérale en parallèle à celle menée par la police du comté.

Une police "d’occupation"

Au-delà des questions raciales une nouvelle fois soulevée par la disparition de Michael Brown, c’est la militarisation des polices américaines qui choque à travers le monde. Un processus qui ne date pas d’hier mais des années 60, et qui s’est accentué dans les années 80 et 90 en marge de la lutte anti-drogue, avant d’encore s’accélérer suite aux attentats du 11 septembre 2001.

"Le gouvernement fédéral avait à disposition des milliards de dollars d’équipement en surplus, et les a envoyés aux gouvernements locaux et aux Etats américains", explique Slate.fr. Et, selon le New York Times, les départements de police ont acquis depuis 2006 quelque 435 véhicules blindés, 533 avions, 93 763 mitrailleuses et 432 véhicules blindés équipés d’appareils ainti-mines.

En tout, depuis que le Congrès a établi son programme pour transférer le matériel militaire, les sections de police locales et d’État ont reçu 4,3 milliards de dollars d’équipement. Résultat, la valeur des équipements utilisés est passée d’un million de dollars en 1990 à près de 450 millions de dollars en 2013.

" Voilà comment on en arrive à des images comme celles de Ferguson, où les policiers brandissent des armes lourdes et agissent comme une force d’occupation. On devrait s’y attendre quand on donne à la police des armes militaires", conclut Jamelle Bouie, journaliste chez Slate.fr. On ne saurait lui donner tort.

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Par Mathieu OLIVIER

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