Politique

IIe guerre mondiale : les victoires oubliées des « indigènes »

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Mis à jour le 15 août 2014 à 09:54

Avant le grand débarquement, la reconquête des Alliés est amorcée par la Corse et l’Italie. Des batailles aussi épiques que méconnues menées par les « indigènes » de l’armée française.

Après trois longues années de gloire et de vicissitudes, les batailles de Koufra, de Syrie, de Bir Hakeim, de Tunisie, l’armée française renaît en mai 1943. Les hommes qui la composent alors proviennent en grande partie de l’armée d’Afrique (Algériens, Marocains, Tunisiens et Français installés sur ces territoires) et des troupes coloniales (hors Afrique du Nord).

Le 1er août 1943, les Forces françaises libres fusionnent avec l’armée d’Afrique. C’est l’aboutissement d’un processus laborieux du fait des tensions entre chefs. Deux camps s’opposent : d’un côté, ceux représentés par le général Giraud, qui, au lendemain de l’armistice de juin 1940, ont opté pour Vichy avant de se ranger sous la bannière des Alliés après le débarquement en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942. De l’autre, les partisans du général de Gaulle, dissidents de la première heure.

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Dans un climat de défiance politique, le général Giraud décide d’aider les résistants corses. Aux côtés des militaires italiens qui occupaient jusqu’alors le territoire (Mussolini a été arrêté le 24 juillet 1943 et un armistice secret avec les Alliés annoncé le 8 septembre), ils prennent les armes contre les Allemands. Pour les appuyer, Giraud envoie – sans prévenir de Gaulle – le 1er bataillon de choc, ainsi que des éléments de la 4e division marocaine de montagne et du 2e groupe de tabors marocains.

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100 000 hommes dont 60 % d’indigènes d’Afrique du Nord

Environ 10 000 hommes sont acheminés par la mer sur l’île de Beauté à partir du 14 septembre 1943. Le 30 septembre, les Marocains prennent le col de San Stefano puis celui de Teghime le 3 octobre, dont ils s’emparent de haute lutte, permettant ainsi l’avance sur Bastia. Ils prouvent leur efficacité, sur un terrain extrêmement difficile. Les Allemands battent en retraite et évacuent finalement la Corse, qui devient le 5 octobre le premier département de France métropolitaine libéré. Les durs combats coûtent la vie à 75 membres des troupes françaises.

Quelques mois plus tard, en novembre 1943, les premières unités françaises rejoignent les forces alliées en Italie. Les Britanniques et les Américains ont débarqué dans la péninsule début septembre et remonté vers le nord, en direction de Rome, mais butent sur les fortifications allemandes, la "ligne Gustave". Les offensives se succèdent dans le secteur qui paraît le plus propice à la rupture : Cassino. Mais le verrou ne cède pas.

Admirables de bravoure et de pugnacité, après plusieurs jours d’affrontements terribles, ces Tunisiens et Français capturent le Belvédère…

Les troupes françaises viennent à leur rescousse en janvier 1944. Environ 100 000 hommes, dont 60 % d’"indigènes" d’Afrique du Nord, forment désormais le corps expéditionnaire français (CEF) en Italie, commandé par le général Juin. Le 25 janvier, une attaque de diversion est décidée contre le mont Belvédère, au nord de Cassino, et confiée au 4e régiment de tirailleurs tunisiens.

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Un succès éclipsé par le débarquement

Admirables de bravoure et de pugnacité, après plusieurs jours d’affrontements terribles et contre toute attente, ces Tunisiens et Français capturent le Belvédère… mais Cassino n’est pas tombé. La ligne Gustave sera percée en mai 1944, au terme de la bataille du Garigliano, menée par le général Juin avec le CEF en fer de lance. Grâce aux unités issues de l’armée d’Afrique, de la Coloniale et de la Légion, la route de Rome est enfin ouverte. Dans la nuit du 4 au 5 juin 1944, les Alliés s’emparent de la ville aux sept collines. Un succès important toutefois éclipsé par le débarquement en Normandie, le 6 juin 1944. Le 2 juillet, les troupes de Juin remportent la dernière grande victoire française en Italie, à Sienne. Le 23 juillet, le CEF est dissous, le débarquement de Provence se prépare…

Autre victoire oubliée, celle de l’île d’Elbe : le 17 juin 1944, le bataillon de choc et le 2e groupe de tabors marocains sont engagés dans une opération amphibie aux côtés d’une grande partie de la 9e division d’infanterie coloniale (qui ne dépend pas du CEF) et notamment de ses tirailleurs "sénégalais" (combattants d’Afrique noire). Le combat est sans pitié. Parmi les Français, les goumiers marocains de l’armée d’Afrique et les coloniaux, 252 hommes sont tués et 635 blessés. Cependant, l’île d’Elbe tombe. Dès lors, les Alliés peuvent gêner les activités logistiques allemandes sur la côte ouest de l’Italie.

Dans ces premières victoires oubliées, 6 577 hommes perdent la vie, auxquels s’ajoutent 2 088 disparus et 23 506 blessés. Un peu moins de deux mois plus tard, le 15 août 1944, l’armée B débarque en Provence… Tous les barouds de Corse, d’Italie et de l’île d’Elbe ont façonné dans la boue, le sang et les tripes mais aussi dans la détermination ces troupes qui posent le pied sur le sable des côtes françaises…

Sur tous les fronts

Si la France aligne des troupes issues de son empire colonial – et en particulier de ses territoires d’Afrique – durant la Seconde Guerre mondiale, d’autres nations belligérantes bénéficient aussi de renforts venus du continent pendant le conflit (1939-1945) et ses prémices (1935-1939).

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Afrique du Sud ses unités combattantes n’intègrent pas de Noirs. Les Blancs sont quant à eux engagés dans la campagne d’Éthiopie de 1941 contre l’Afrikakorps (détachement allemand) dans le désert de Libye, puis en Italie.

Espagne les "Regulares", volontaires marocains, participent à la guerre civile espagnole (1936-1939) sous la bannière de Franco. Ils sont 30 000 en 1936, presque 60 000 en 1939.

Éthiopie convoité par l’Italie fasciste, cet empire indépendant aligne entre 500 000 et 1 million d’hommes (levées claniques et quelques unités régulières) contre les troupes de Mussolini, qui envahissent le pays en 1935. Beaucoup d’Éthiopiens pratiqueront ensuite la guérilla avant de participer à la reconquête en 1941.

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Grande-Bretagne Africains de l’ouest et de l’est des territoires britanniques du continent se battent en Éthiopie en 1941, puis en Birmanie. 372 000 hommes servent ainsi la Couronne de 1941 à 1945.

Italie 182 000 askaris d’Afrique de l’Est en 1940. Certains se battent en Éthiopie en 1935. D’autres, recrutés par la suite, participent à la campagne d’Éthiopie de 1941. En Libye, l’Italie dispose de 74 000 auxiliaires qui combattent dans le désert fin 1940 et début 1941.