Médias

Congo : une presse sans peur… mais pas sans reproche

La rédaction de "La Semaine africaine". © Baudouin Mouanda pour J.A.

Depuis 2001, les délits de presse sont dépénalisés. Mais le manque de moyens limite souvent le travail des journalistes. Et entraîne des dérives.

S’il figure parmi les premiers pays du continent à avoir dépénalisé les délits de presse, en 2001, le Congo reste aussi l’un des rares dans ce cas. "La loi numéro 8 a fait pousser un soupir de soulagement à toute la profession. Elle est particulièrement importante dans un environnement où les gens n’acceptent pas la critique. Auparavant, il était facile de faire emprisonner un journaliste et de le juger plus tard. Même si certaines personnes ont encore tendance aujourd’hui à vouloir faire arrêter un rédacteur pour le placer en garde à vue, elles n’ont plus le soutien de la loi, les choses ont vraiment changé", explique Joachim Mbanza, directeur de publication de l’hebdomadaire catholique La Semaine africaine, le plus ancien journal du pays.

La menace d’emprisonnement ayant disparu, l’exercice du métier de journaliste au Congo est-il plus aisé ? Pas pour autant. Un rapide état des lieux donne des résultats plutôt mitigés. Le pays ne compte en effet que cinq titres généralistes nationaux de publication régulière. Parmi eux, quatre hebdomadaires – La Semaine africaine, Les Dépêches de Brazzaville, Le Patriote et Le Troubadour, créé en 2012 -, rejoints depuis un an par le bimensuel d’information terrAfrica.

Tirages modestes

Réalisé par une équipe de professionnels français et congolais, le journal (imprimé en France) a lancé mi-juin son application pour tablette numérique. Une première pour un titre congolais, qui répond à une demande de ses lecteurs de la diaspora.

Aucune subvention à la presse n’a jamais été prévue dans le budget de l’État.

À part quelques périodiques spécialisés, les autres titres, parmi lesquels La Nouvelle République, Les Échos du Congo, Tam-Tam d’Afrique, L’Observateur ou La Voix du peuple, paraissent de façon épisodique, selon leurs moyens. Tous ont un tirage très modeste, à l’image de leurs faibles ressources et de l’étroitesse du marché.

Pourtant, en consacrant la dépénalisation des délits de presse, le texte de 2001 a également donné à l’État le devoir de subventionner les entreprises de presse. Mais "une fois la loi votée, rien n’a été fait en ce sens. Aucune subvention n’a jamais été prévue dans le budget de l’État, explique Joachim Mbanza.

En même temps, la profession ne manque pas de remarquer que les pouvoirs publics soutiennent quelques journaux triés sur le volet – au détriment des autres. Cette discrimination condamne certains titres à disparaître, comme La Rumeur, tout récemment. Les autres vivotent et survivent en faisant des publireportages déguisés".

"Prêts à vendre leur âme au diable"

Le facteur économique est évidemment fondamental dans l’émergence d’une presse véritablement indépendante. D’autant plus que, comme le fait remarquer un homme de radio, "s’il est indéniable que les journalistes exercent leur métier librement au Congo, dans 90 % des cas ils vivent dans une telle précarité qu’ils sont prêts à vendre leur âme au diable…"

Et l’un de ses confrères d’ajouter que le monde congolais de la presse a coutume de dire : "Si tu veux gagner de l’argent, crée un journal !" Selon les deux hommes, ces dérives ont engendré "un manque de professionnalisme et de rigueur dans la vérification des faits et leur interprétation qui expose la presse à des sanctions administratives".

C’est dans ce contexte qu’a été interdit le journal d’opposition Thalassa, dont la ligne éditoriale était farouchement opposée au pouvoir congolais. Curieusement, il ne s’est trouvé personne pour condamner cette décision au nom de la liberté d’expression et de la pluralité des opinions.

Pour Joachim Mbanza, "Thalassa était indéfendable, même s’il a fait preuve de beaucoup de courage dans ses prises de position et dans la dénonciation des travers de la société congolaise. Mais ses principaux défauts étaient le manque de rigueur dans le traitement de l’information et l’injure facile. Ce n’est pas ce qu’on attend d’un journal".

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