Sécurité

Attentat à Ouagadougou : « L’Aziz Istanbul était un peu le nouveau Cappuccino »

À Ouagadougou, au Burkina Faso, en janvier 2016 après l'attaque qui a notamment frappé l'hôtel Splendid et le café Cappuccino. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Au moins dix-huit personnes ont été tuées dimanche soir dans l’attaque du café Aziz Istanbul à Ouagadougou, au Burkina Faso. Un nouvel événement meurtrier dans le pays qui soulève des interrogations sur ses auteurs et sur le dispositif sécuritaire burkinabè notamment. Cynthia Ohayon, analyste au sein de l'International Crisis Group (ICG), répond à nos questions.

Un restaurant attaqué. Une prise d’otages meurtrière. Puis un assaut sanglant. L’attaque de l’Aziz Istanbul, qui a fait au moins 18 victimes dimanche 13 août, dont deux assaillants abattus, n’est pas sans rappeler celle qui avait touché le Cappuccino, en janvier 2016. Lundi 14 août en fin de matinée, aucune revendication n’avait encore été publiée.

Toutefois les regards se tournent déjà vers le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, formé sous l’égide du Malien Iyad ag Ghaly au sein d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et dont une des composantes n’est autre qu’Al Mourabitoune, katiba commandée par Mokhtar Belmokhtar et responsable de l’attaque du Cappuccino.

Les forces de sécurité burkinabè étaient-elles prêtes ? Ses frontières sont-elles mieux gardées depuis janvier 2016 ? Quels groupes terroristes avaient la capacité de participer à l’attaque ? Éléments de réponse avec Cynthia Ohayon, analyste spécialiste de l’Afrique de l’Ouest au sein de l’ICG, qui répond aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Fallait-il s’attendre à une attaque aussi meurtrière, assez similaire à celle du Café Cappuccino en janvier 2016 ?

Cynthia Ohayon : Oui et non. On savait que la menace n’avait pas été éradiquée, d’autant qu’un même type d’attaque a eu lieu en juin au Mali au complexe touristique de Kangaba. L’alliance terroriste qui a été formée par Iyad Ag Ghaly – le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) – tend même à prouver que le mouvement est peut-être plus fort aujourd’hui et que sa force de frappe n’a pas diminué. Cela dit, la sécurité avait été renforcée à Ouagadougou depuis janvier 2016, y compris à l’Aziz Istanbul, dont on savait que c’était un peu « le nouveau Cappuccino ». Il y avait plus de présence des forces de sécurité, plus de fouilles, plus de portiques de sécurité, mais peut-être que la vigilance avait fini par se relâcher. Et il ne faut pas oublier que les terroristes savent s’adapter aux dispositifs.

En janvier 2016, on avait parlé de failles dans les services de sécurité ou encore de frontières poreuses. Cette attaque est-elle le signe que ces problèmes n’ont pas été résolus ?

Les problèmes de fond sont en effet toujours là. L’appareil de sécurité, qui a été ébranlé par la chute de Blaise Compaoré et la tentative de coup d’État de septembre 2015, doit encore être réformé. C’est un système meurtri qui doit s’adapter à des menaces nouvelles et travailler sur la rapidité d’intervention ou sur la coordination entre police et armée. C’était un des gros points noirs lors de la réponse à l’attaque de janvier 2016. Il faudra mesurer à quel point les choses ont évolué depuis, même si on a l’impression qu’il y a eu moins de cafouillages cette fois-ci.

Le Burkina Faso semble être devenu une cible privilégiée de ce type d’attaque. Pourquoi ?

Le Burkina Faso est effectivement directement ciblé. Comme le Niger, il est dans la continuité logique et géographique de la volonté d’expansion des jihadistes depuis le Mali. Les failles de son service de sécurité en font peut-être une cible plus facile que le Niger. Ses frontières restent poreuses, en particulier dans le Nord, où le mouvement Ansar ul Islam de Ibrahim Malam Dicko peut faciliter l’infiltration de combattants. De plus, Ouagadougou est aussi un symbole de par son style de vie et le fait qu’elle représente un modèle de tolérance religieuse.

Les frontières du pays restent poreuses, en particulier au Nord

Le pays a pourtant longtemps été épargné par les attaques jihadistes sous l’ère Compaoré. Cela a-t-il définitivement changé ?

Il est vrai que le Burkina a longtemps été épargné par les attaques jihadistes. Il y avait une sorte de « pacte de non-agression », du fait de liens noués par les services de sécurité et de renseignement avec les réseaux terroristes lors d’affaires de prises d’otages notamment. Mais ce « pacte » reposait sur le général Diendéré, sur l’ancien ministre des Affaires étrangères Djibrill Bassolé ou sur le conseiller de Blaise Coppaoré, Moustapha Chafi. Or, ils ont tous trois disparu de la scène burkinabè, les deux premiers étant en détention, et le dernier ayant quitté Ouagadougou. Le pays ne bénéficie donc plus de ce « pacte ».

Le mode opératoire laisse soupçonner une implication du GSIM mais aucune revendication n’a été faite pour le moment. Quels sont les groupes ayant les capacités de planifier ce genre d’attaque ?

Bien entendu, il faut attendre de voir s’il y aura une revendication. Mais c’est un mode opératoire effectivement classique, typique d’Al Mourabitoune et donc du GSIM aujourd’hui. Je ne crois pas qu’Ansar ul Islam ait la capacité de procéder à ce genre d’attaque, mais il est possible que ce groupe ait offert son aide pour faire passer la frontière aux terroristes. Il m’apparaît également peu probable que l’État islamique (EI) soit responsable. Mais il ne faut pas oublier que l’EI est présent au Sahel et qu’il cherche à prouver qu’il est capable d’exister face à Aqmi et le GSIM. L’attaque serait donc opportune pour l’EI et on ne peut donc pas écarter une implication d’Adnane Abou Walid al-Sahraoui et de son groupe. On sait d’ailleurs qu’il a tenté de nouer des liens avec Ansar ul Islam et Ibrahim Malam Dicko pour disposer d’une implantation locale au Burkina Faso. Mais, pour le moment, on ne peut que spéculer.

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