Architecture

Salma Hamza, architecte tunisienne : « La modernité peut très bien respecter le traditionnel »

Restauration et rénovation d'une maison de la medina de Mahdia.

Restauration et rénovation d'une maison de la medina de Mahdia. © Khalil Riadh Hamza

L’architecte tunisienne Salma Hamza milite pour la réhabilitation des matériaux traditionnels. Et la restauration du patrimoine de son pays. Interview.

Architecte et enseignante à l’École nationale d’architecture et d’urbanisme de Tunisie, Salma Hamza est aussi connue pour ses activités de militante. Passionnée par le patrimoine architectural de son pays et en particulier de sa ville natale, Mahdia, elle a créé avec l’Association de sauvegarde de la médina (ASM), en 2000, une maison-laboratoire pour rénover des bâtiments anciens de cette cité côtière.

Sensible au respect du "vocabulaire architectural de l’époque", elle milite pour la réhabilitation des matériaux traditionnels comme la chaux aérienne, le bois d’olivier ou les briques palées. Un choix qui répond, selon elle, à des exigences aussi bien culturelles qu’esthétiques, économiques ou environnementales. Salma Hamza est aussi un membre actif de l’association 19/20, dont l’objectif est de sauvegarder les bâtiments coloniaux, dont certains bijoux, notamment à Tunis, ne sont pas protégés et menacent de tomber en ruine.

jeune Afrique : Quels dangers pèsent sur le patrimoine architectural tunisien aujourd’hui ?

Salma Hamza : Ces dangers sont nombreux. Le premier est à mon sens l’absence de formation et de culture sur ces architectures anciennes. Il faut que toute la chaîne, c’est-à-dire l’architecte, l’entrepreneur, le promoteur et bien sûr la société civile, prenne conscience de la nécessité de protéger ce patrimoine. Il y a eu beaucoup d’errements, parfois plein de bonnes intentions, mais on a trop souvent laissé faire, ce qui a donné lieu à des constructions nouvelles sans aucune harmonie avec leur environnement.

Il serait louable que les autorités réfléchissent à des outils incitatifs pour favoriser le travail de réhabilitation.

Le second danger, et il est dévastateur, c’est le désintérêt, l’abandon pur et simple, notamment dans la médina, où des habitations sont menacées de tomber en ruine faute d’entretien. La spéculation immobilière et l’absence d’une stratégie globale des pouvoirs publics sont également de sérieux dangers. Il serait louable que les autorités réfléchissent à des outils incitatifs pour favoriser ce travail de réhabilitation. Car ces questions font partie intégrante de la stratégie de développement de notre pays.

Pourquoi avoir choisi de créer une maison-laboratoire dans la médina de Mahdia ?

Je voulais d’abord en faire un lieu d’échanges où étudiants, habitants et membres de la société civile pourraient assister à la réhabilitation d’une bâtisse, vouée au départ à la démolition. Il s’agissait d’un bâtiment d’une centaine de mètres carrés, avec des boutiques au rez-de-chaussée et un appartement à l’étage. Les différents acteurs ont pu se rendre compte de l’intérêt d’utiliser des matériaux traditionnels comme la pierre ou la chaux, plus adaptés et plus durables. Nous avons prouvé qu’on pouvait être au coeur de la modernité tout en respectant l’habitat traditionnel.

De telles réhabilitations valorisent la ville, notamment sur les plans économique et touristique, mais cela permet aussi de redonner vie à des métiers artisanaux oubliés. Pour ce qui est des matériaux, il est aberrant de penser que la chaux naturelle hydraulique, qui est fabriquée en Tunisie, est entièrement destinée à l’export. Pendant très longtemps, il était presque impossible d’en trouver sur place.

Vous êtes enseignante. La nouvelle génération vous paraît-elle plus sensible à ces problématiques ?

De manière générale, les jeunes architectes sont attirés par la nouveauté et ils ont souvent le sentiment, à tort, que le travail sur le patrimoine briderait leur créativité. Mais dès qu’on les implique et qu’ils sont formés sur ces chantiers, leur regard change complètement. Je vous mentirais en disant qu’il y a aujourd’hui un grand engouement, mais certains prennent conscience que le travail sur ce passé leur donne une expertise et une capacité supplémentaire dans l’exercice de leur métier.

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Propos recueillis par Leïla Slimani

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