Politique

La Centrafrique toujours dans l’attente d’un gouvernement « élargi »

Les Centrafricains attendent toujours la formation d’un nouveau gouvernement « élargi » à la suite de la nomination du Premier ministre Mahamat Kamoun, il y a plus d’une semaine. Ce retard fragilise une transition déjà difficile et alimente les risques d’instabilité.

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Mis à jour le 18 août 2014 à 19:54

L’attente de la formation d’un gouvernement inquiète les diplomates en Centrafrique. "Il n’est pas bon de faire du sur-place. Nous sommes dans une période très frileuse où l’on doit prendre le maximum de précautions et surtout avancer dans la bonne direction", s’inquiétait lundi un diplomate onusien à Bangui.

Pour tenter d’accélérer les choses, le médiateur dans la crise centrafricaine, le président congolais Denis Sassou Nguesso, a convoqué lundi une dizaine de personnalités politiques, dont des représentants des groupes armés, selon une source proche de la présidence à Bangui. Leur délégation était attendue dans la journée à Brazzaville.

Plus d’une semaine après sa nomination, le nouveau Premier ministre Mahamat Kamoun n’a toujours pas formé son nouveau cabinet, face à l’hostilité affichée par l’ex-rébellion Séléka et le scepticisme de plusieurs formations politiques.

Depuis une quinzaine de jours, la Centrafrique est sans gouvernement, après la démission du Premier ministre sortant André Nzapayéké. Et surtout, au grand désespoir des "partenaires" internationaux de Bangui, rien n’a bougé depuis la signature au forceps fin juillet à Brazzaville d’un fragile accord de cessez-le-feu entre l’ex-Séléka à dominante musulmane et les milices anti-balaka majoritairement chrétiennes.

L’accord a été plusieurs fois violé, avec plus d’une trentaine de morts cette fin de semaine dans le nord du pays. Selon les témoignages des habitants, des villageois ont été massacrés par des éléments de l’ex-Séléka et des Peuls armés.

Vives tensions

Si la situation se normalise peu à peu à Bangui, des violences éclatent à intervalles réguliers en province où les tensions restent vives, malgré la présence des 2 000 militaires français de l’opération Sangaris et des 6 000 soldats de la force africaine Misca.

Politiquement, la présidente de transition Catherine Samba Panza n’a guère touché les dividendes de la nomination surprise de Mahamat Kamoun.

De confession musulmane, haut-fonctionnaire spécialiste des finances, le nouveau Premier ministre est surtout un proche de Catherine Samba Panza, après avoir travaillé sous les régimes de François Bozizé – renversé en mars 2013 – et Michel Djotodia, le chef de l’ex-Séléka, au pouvoir jusqu’à janvier 2014.

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La communauté internationale, qui tient le pays à bout de bras, avait clairement un autre favori, et la nomination de Mahamat Kamoun a surpris. L’ex-Séléka, qui voulait un Premier ministre issu de ses rangs, a immédiatement réagi en annonçant qu’elle boycotterait le futur gouvernement. Elle a affirmé que son avis n’avait pas été pris en compte.

Affaiblis et chassés de Bangui en janvier par l’intervention de l’armée française, les rebelles de la Séléka, après leur désastreux passage aux affaires marqué par des pillages généralisés et de multiples exactions, ont trouvé refuge dans leurs fiefs du nord du pays, où l’ex-coalition semble être en voie de désintégration entre groupes rivaux. Une faction de la Séléka, basée dans le nord, a dénoncé l’accord de Brazzaville

L’arrivée de Mahamat Kamoun aux affaires n’a soulevé guère plus d’enthousiasme au sein de la classe politique centrafricaine, largement responsable par ses années d’incurie de la faillite actuelle du pays.

L’Alliance des forces démocratiques pour la transition (AFDT), qui regroupe les principaux partis politiques, a souhaité "une suspension de la mise en place du gouvernement", pour "saisir la médiation" internationale et "éviter un blocage institutionnel", selon cette coalition.

"Tourner en rond"

"Tout le monde dans ce pays sait quel bilan, quel souvenir a laissé l’ex-Séléka dans la gestion de notre pays. Nous pensons qu’il n’est pas décent ni opportun de faire partie d’un gouvernement dirigé par un proche de Michel Djotodia", a réagi lundi Mouammar Bengué Bossin, de la mouvance Zo Kwé Zo, favorable au président déchu Bozizé. Mahamat Kamoun a été directeur de cabinet de Michel Djotodia.

"Nous sommes en train de tourner en rond, alors qu’à notre retour de Brazzaville (…), il devait y avoir une concertation pour éviter ce que nous vivons en ce moment", a commenté Cyriaque Gonda, ancien ministre et partie prenante à l’accord de Brazzaville, qui a appelé Catherine Samba Panza à la "concertation".

Les représentants de la nébuleuse anti-balaka ont quant à eux réagi jusqu’à présent très sobrement, attendant sans doute de connaître les portefeuilles qui leur seront attribués dans le futur cabinet.

(Avec AFP)