Économie

Hicham Naciri, le droit de père en fils

Hicham Naciri est né à Casablanca en 1969. © Hassan Ouazzani/JA

L'héritier du célèbre bâtonnier Taieb Naciri a fait du cabinet familial une référence dans le monde des affaires, à Casablanca comme à l'international. Portrait de l'un des avocats les plus en vue du royaume.

Quel est le point commun entre le rachat de la Centrale laitière par Danone, la levée obligataire de l’OCP à l’international, l’introduction en Bourse de Jorf Lasfar Energy Company, l’entrée de la Société financière internationale (SFI) et du holding d’investissement Wendel dans le capital de Saham, et le montage du fonds Wessal Capital ? Toutes ces grandes opérations réalisées ces derniers mois ont brassé des milliards de dirhams. Mais pas seulement. Derrière chacune d’entre elles, il y a un homme : Hicham Naciri, 45 ans, star du droit des affaires dans le royaume.

À la tête du cabinet Naciri & Associés Allen & Overy, leader incontestable du marché, il dirige une équipe de trente avocats d’affaires aux multiples spécialités : fusions et acquisitions, énergie, infrastructures, immobilier, tourisme, financement de projet… « Le volume des deals traités par notre cabinet a dépassé l’année dernière les 5 milliards de dollars », affirme Hicham Naciri, qui nous reçoit dans son bureau chic, vue sur la mer, situé dans le bâtiment d’affaires du centre commercial Anfaplace.

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Tête froide

Mais l’avocat au physique de coureur de fond et au style très british dans son costume bleu rayé garde la tête froide. « Il est modeste, et respecté par ses pairs, comme son défunt père. C’est aussi un patron très apprécié de ses collaborateurs, qui l’appellent d’ailleurs Hicham tout court, sans maître, ni oustad. La preuve, ils l’ont tous suivi après son passage du cabinet français Gide Loyrette Nouel à l’anglais Allen & Overy », raconte l’une de ses connaissances. Hicham Naciri n’est pas seulement l’avocat d’affaires le mieux coté de la place marocaine, il a aussi inauguré un mouvement d’internationalisation du métier dans le pays, en s’associant successivement avec ces deux cabinets internationaux.

Avocat d’affaires le mieux coté du Maroc, Hicham Naciri a aussi inauguré un mouvement d’internationalisation du métier dans le royaume.

Après une formation en droit à Montpellier et quelques années à Paris chez Gide Loyrette Nouel et Norton Rose, il rentre au Maroc en 2000 pour rejoindre le cabinet de son père, l’ex-ministre de la Justice, Mohamed Taieb Naciri. Un géant du barreau, connu alors pour être l’avocat attitré du Palais quand il s’agissait de défendre les intérêts de la monarchie à l’international. Mais « avant cela, il a été celui des grands militants des années de plomb, à une époque où le métier d’avocat était à risques. C’est d’abord comme ça qu’il s’est fait connaître, nuance son fils. Mais il avait une telle crédibilité qu’on ne l’associait pas forcément à une cause. Il défendait toutes les affaires, et les petits comme les puissants, avec la même éthique ». C’est à lui que Hicham Naciri doit sa passion du métier d’avocat.

Alors que ses camarades du lycée Lyautey s’orientent vers des écoles d’ingénieur ou de commerce, le jeune homme préfère suivre le chemin de son père. Il choisit donc le droit, une profession alors peu en vogue au royaume, ingrate et aux horizons très limités. C’était en 1988. « Le métier n’avait pas la cote auprès de cette nouvelle génération tournée vers l’international. J’étais un peu la bête curieuse parmi mes camarades de promotion. Personne ne comprenait mon choix », se rappelle-t-il. Son père, bien sûr, a essayé de l’en dissuader. Mais en vain. « Il m’encourageait à faire carrière dans le business ou dans des disciplines scientifiques. Mais j’ai la tête dure, confie-t-il. Et au fond de lui, il avait très envie que je reprenne le flambeau. »

« Best friend »

Un choix qui se révélera judicieux. Rentré au Maroc, le fils chamboule l’ordre établi dans le cabinet Naciri. Tourné vers une activité traditionnelle de contentieux, de litiges et d’arbitrage, il devient en quelques années la référence du droit des affaires au Maroc. « Je suis arrivé avec une équipe de jeunes, de nouveaux clients et une expertise nouvelle. Combinée à la réputation de mon père, l’activité droit des affaires a supplanté, en moins de trois ans, le reste de celles du cabinet. Pour mon père, c’était une grande fierté. »

Devenu le best friend, dans le jargon des avocats, de la majorité des cabinets internationaux, Hicham Naciri décide de passer à une autre étape, et s’associe en 2003 avec Gide Loyrette Nouel. Un partenariat qui durera huit ans, jusqu’en 2011, où il se rapproche d’Allen & Overy. Le très prestigieux cabinet londonien, qui compte plus de 525 associés, 5 000 avocats et quelque 44 bureaux dans le monde, veut alors se lancer en Afrique avec un partenaire local. « Beaucoup de nos clients commençaient à s’internationaliser. Il nous fallait un réseau et une marque forte, mais aussi une technicité et une organisation de haut niveau afin de pouvoir les accompagner », explique Hicham Naciri.

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Pour convaincre Allen & Overy d’établir son hub africain à Casablanca, il se fait l’ambassadeur de tout un pays. « L’option du Maroc n’a pas été évidente au départ. Allen & Overy avait le choix entre différentes juridictions africaines. Mais le choix de Casablanca a été finalement plébiscité par les associés du cabinet », assure-t-il.

De nouveaux horizons s’ouvrent à Hicham Naciri et à son équipe, qui commencent à décrocher des deals tournés à 100 % vers l’international, comme la levée obligataire en eurobonds de BMCE Bank en 2013, ou encore l’émission obligataire de l’OCP sur les marchés internationaux. Il mène également des opérations d’expansion en Afrique de groupes marocains comme Saham, FinanceCom et Banque populaire.

Des deals décrochés grâce à son expertise, mais aussi grâce à l’immense réseau dont il dispose. Hicham Naciri est l’interlocuteur privilégié des puissants du royaume. Celui des grands patrons tels qu’Othman Benjelloun, Moulay Hafid Elalalmy ou Mohamed Benchaaboun. Ses pairs lui prêtent (et lui envient) aussi des relations très rapprochées avec les premiers cercles du pouvoir, notamment les conseillers royaux. Mais difficile de lui arracher un seul mot sur le sujet, la confidentialité et la discrétion étant une règle d’or dans le métier.

On le retrouve également dans des transactions qui ne concernent pas directement les entreprises de son pays. En 2013, il a ainsi conseillé Qatar Steel dans sa coentreprise avec l’algérien Sider pour la construction d’un complexe sidérurgique à Bellara. Plus récemment, il a été aux manettes du rachat par le groupe néerlandais Royal FrieslandCampina d’une des filiales agroalimentaires du singapourien Olam en Côte d’Ivoire. Le tout en conservant « jalousement » l’activité de contentieux et de litiges à l’origine du cabinet. Une manière d’honorer la mémoire du père.

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