Société

Algérie : ma fortune pour un yacht !

Dernière tendance algéroise : se procurer un bateau et s’échapper en mer le week-end. Médecins, avocats… Pour quelques dizaines de milliers d’euros, ils sont de plus en plus nombreux à craquer.

Mis à jour le 28 août 2014 à 17:12

Posséder un yacht est devenu très tendance chez les gens fortunés à Alger. © AFP

Son bijou à 50 000 euros, Saïd est parti l’acheter en Espagne. Homme d’affaires prospère qui a fait fortune dans l’agroalimentaire, ce quadragénaire s’est offert un bateau de plaisance de 8 mètres pour fuir le stress du boulot aux larges des côtes de Béjaïa. Villa avec piscine, grosse berline, appartement à Paris, vacances en Suède, en Thaïlande ou aux États-Unis…

Saïd mène grand train. "Ce n’est guère du luxe pour un investisseur qui gagne très bien sa vie, se justifie-t-il. Je paie mes impôts, je crée de la richesse et de l’emploi, il est donc normal que j’en profite et que j’en fasse profiter ma famille et mes amis."

Taxe sur la possession et les importations de bateaux

Posséder un yacht est devenu très tendance chez les gens fortunés, tant et si bien qu’Alger possède son Algeria Boat Show, salon international des équipements et services pour la plaisance et le nautisme, dont la cinquième édition s’est tenue en mai. Autre signe de cet engouement, la marina de Sidi Fredj, seul port de plaisance du pays, situé à 20 km à l’ouest d’Alger et pouvant abriter 400 bateaux, croule sous les demandes de ces nouveaux propriétaires qui souhaitent amarrer leurs joujoux.

De son côté, le gouvernement a décidé, en 2001, d’instaurer une taxe sur la possession et les importations de bateaux pouvant aller jusqu’à 4 800 euros par an. Une petite fortune dans ce pays où le salaire minimum ne dépasse pas 180 euros.

Construits en Algérie ou importés d’Europe, environ 500 bateaux de plaisance sont vendus chaque année dans le pays. Constructeur naval depuis 1972, la société Polyor en fabrique plus d’une centaine par an dans son usine à Oran. "Mes clients ne sont pas tous millionnaires, tempère la gérante. Des médecins, des avocats ou d’autres professions libérales achètent des bateaux parce qu’ils sont passionnés de navigation ou pour faire plaisir à leur famille.

Les riches, eux, viennent s’enquérir des tarifs, mais achètent en Espagne, où les prix ont fortement chuté pour cause de crise économique." De là à ce que la filière locale prenne l’eau…

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Appelez-le "Captain Aliko"

Fin janvier 2013, Aliko Dangote est tout sourire, le pouce levé devant les objectifs venus l’immortaliser. L’homme le plus riche d’Afrique trône devant son dernier caprice, un yacht d’une quarantaine de mètres aux lignes épurées et sublimées par le noir de jais du carénage. Sur l’appontement de la marina de Carrington, le roi du ciment marche sur l’eau à mesure que les mannequins en bikini montent à bord du Mariya – du nom de la mère du milliardaire nigérian – pour ce qui s’annonce comme l’une des soirées les plus "hype" de Lagos.

Le lendemain matin, Aliko Dangote se réveille avec la gueule de bois en découvrant les manchettes de la presse locale. Plutôt que de s’extasier sur les acajous ou la vachette blanc crème qui recouvre les banquettes, ces ingrats de journalistes insistent sur la taille réduite du Mariya, comparé à "un jouet d’enfant" face aux superyachts mis à l’eau par le Russe Roman Abramovich ou l’Américain Paul Allen. Mais pour "Captain Aliko", l’essentiel est ailleurs.

Connu pour être près de ses sous, même lorsqu’il s’agit de 24,8 milliards de dollars (18,5 milliards d’euros) selon le dernier pointage du magazine Forbes, Dangote n’aurait fait l’acquisition du Mariya que pour garder sa carte de membre du très select Aquamarine Boat Club de Victoria Island. Un ticket à 43 millions de dollars pour ce nordiste né à Kano, à plus de 1 000 km de l’océan. Le prix à payer pour que le marin d’eau douce se transforme en vieux loup de mer. Olivier Caslin