Politique

Vive le calife !

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Par  Fawzia Zouari

Mabrouk à nous, les musulmans ! Le califat vient d’être réinstauré, à notre grande joie. Fini, le temps de la discorde. Terminées, l’errance et la gabegie. Nous allons retrouver la grande maison de l’islam et confier nos destins au seul maître capable de nous guider, le délégué d’Allah sur terre, le prétendant au rang d’héritier du Prophète : le grand Abou Bakr al-Baghdadi, à qui nous faisons allégeance ici même.

À mort tous les chefs d’État de la terre, vive notre calife suprême ! À bas les Erdogan, Saoud, Marzouki et autres tartour (personnage insignifiant, de décor, en arabe tunisien). Exit l’Union du Maghreb et la Ligue islamique ! Sus au nationalisme arabe ! Et que les mahométans nés ou séjournant chez les chrétiens ne s’illusionnent pas : ils dépendent eux aussi du calife et de lui d’abord. Le dernier des beurs d’Europe peut désormais envoyer paître Hollande, Merkel ou le roi des Belges : « Mon chef, c’est pas toi, c’est Baghdadi ! »

Maintenant, voyons comment tout cela va s’organiser. Sa Seigneurie s’assoit sur le trône de l’ancien calife Harun al-Rachid entouré de sa cour, princes de faux sang et bandits promus vizirs – personne n’est parfait. Son Altesse dicte les ordres divins, institue les lois et perçoit les impôts des provinces musulmanes. Le Maroc rechigne ? Détrônez le roi ! Les Algériens ? Augmentez les taxes sur le gaz ! La Tunisie ? Depuis le temps que je vous dis d’enfermer les femmes ! Le wali d’Allah exige de rétablir le voile et la barbe – bien évidemment -, demande qu’on se nourrisse d’antilope et de thrid, le plat préféré du Prophète, et appelle à arracher sols et parquets pour prier à même le sable.

En fin de journée, Baghdadi jette un coup d’oeil à sa montre de marque et s’apprête à regagner le harem où l’attend un contingent de houris choisies parmi les meilleures musulmanes, entre lesquelles se glissent quelques captives blanches et une probable conteuse nommée Schéhérazade. Mais les filles sont aussi présentes sur le front, où l’armée califale s’occupe d’égorger, de dépecer, de tronçonner et de crucifier les récalcitrants. Forcées ou volontaires, elles offrent du sexe aux guerriers, le diesel sans quoi ces messieurs ont le drapeau en berne.

Dans quelque temps, l’on rétablira les expéditions à dos de chameau, a promis l’émir des croyants. Et on mènera des razzias jusqu’aux portes de l’Occident via des croisades à l’envers. Les musulmans redeviendront les maîtres du monde, reprendront leurs anciennes provinces de Venise et de Cordoue, et s’établiront cette fois pour de bon à Poitiers.

Pour les infidèles qui acceptent de se convertir, les impies prêts à abjurer la laïcité, les athées revenus dans le giron de la foi, le calife, magnanime, a déjà établi des « récépissés de repentance » et des « passeports pour le paradis ». Et il a même conclu par cette phrase : « Obéissez-moi ; en m’obéissant, vous obéissez à Dieu. »

Vous savez ce qui vous reste à faire. Pour ma part, je m’apprête à rejoindre le camp de mon Seigneur et Maître. Et que les incrédules aillent en enfer !

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