Droits de l’homme

Maroc : ouverture d’une enquête sur une vidéo « humiliante » de Nasser Zefzafi

Nasser Zefzafi, le chef du Hirak, dans le Rif marocain, conteste la véracité du procès verbal dressé par la police. © Aboussi Mohamed/AP/SIPA

Le chef du Hirak, incarcéré depuis mai à la prison de Casablanca, a été filmé en train de dévoiler son corps pour montrer qu'il n'a pas subi de torture. La toile marocaine est sous le choc. La justice s'en mêle.

La vidéo est très vite devenue virale. On y voit le chef de la contestation du Rif, Nasser Zefzafi, visiblement filmé depuis une cellule, en train d’exhiber des parties de son corps, comme pour montrer qu’il n’a pas été violenté.

Diffusée sur sur un site d’information local, lundi 10 juillet, dans la foulée de la comparution du chef du Hirak devant le juge d’instruction, la vidéo a été retirée depuis. Mais elle a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux marocains en raison de la position « dégradante » dans laquelle le prisonnier a été filmé.

Le jour même, la justice marocaine a ordonné une enquête. « Immédiatement après avoir pris connaissance de cette vidéo », le procureur général du roi à Casablanca a « ordonné l’ouverture d’une enquête pour élucider les circonstances de son enregistrement et la finalité de sa publication », selon un communiqué diffusé dans la soirée du lundi.

Vidéo mystérieuse

De son côté, l’administration pénitentiaire a démenti que cette vidéo ait été enregistrée dans la prison de Casablanca, où Zefzafi est incarcéré depuis son arrestation fin mai. « Depuis sa mise en détention à la prison concernée », le prisonnier « n’a jamais porté la tenue avec laquelle il apparaît dans la vidéo », affirme la direction générale des prisons (DGAPR).

Non datée et non sourcée, la vidéo mystérieuse dure près de deux minutes: Zefzafi, calme et silencieux, obtempère et soulève sa djellaba pour montrer son torse, son dos et ses jambes, avec en bruit de fond des voix masculines.

Sur sa page Facebook, le ministre d’État des Droits de l’homme, El Mostafa Ramid, a déclaré « avoir éprouvé un grand mal » en visionnant cette vidéo dégradante pour tout citoyen quel que soit les délits dont on l’accuse. « Il est de la responsabilité de la justice de déterminer les circonstances de diffusion de sa vidéo », écrit-il.

Dans le même post Facebook, le ministre d’État a déclaré avoir aussitôt appelé son collègue à l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, qui lui « a exprimé sa colère » vis-à-vis de cette vidéo. Les deux responsables étaient d’accord pour saisir le justice. « La dignité des Marocains est une ligne rouge », conclut Ramid.

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