Energie

Patrick Pouyanné : « Sur le long terme, le cours du baril reviendra à 100 dollars »

Patrick Pouyanné est le directeur général de Total.

Patrick Pouyanné est le directeur général de Total. © Paul Coerten/AFP

Patrick Pouyanné, directeur général de Total, a répondu aux questions de Jeune Afrique au sujet de la compétitivité des projets africains du groupe français et sur les perspectives des cours internationaux de l’or noir.

 

 

 

Propos recueillis par Christophe Le Bec

Jeune Afrique : Que représente pour Total l’inauguration du projet angolais Clov ?

Patrick Pouyanné : Il est l’illustration de notre stratégie qui repose sur trois piliers : l’offshore profond, le gaz naturel liquéfié (LNG) et une préférence pour le continent africain, où nous voulons rester en tête, avec près de 1,3 million de barils extraits par jour sur les exploitations gérées par Total. C’est aussi une réussite technique. Deux challenges majeurs ont été relevés par nos équipes : le respect du planning, parfaitement tenu sur 47 mois, et la mise au point d’une pompe sous-marine spéciale capable de faire remonter à la surface des types de pétrole différents.

Vous avez commencé en Angola votre carrière chez Total, de 1997 à 1999, comme secrétaire général du groupe pour le pays. Comment percevez-vous l’évolution de ce pays et la situation de son industrie pétrolière ?

C’est effectivement à Luanda que j’ai fait mes premières armes dans ce métier pétrolier. J’y ai beaucoup appris. En 1999, le prix du baril était à quelques 10 dollars le baril, et le pays sortait de la guerre civile. Les choses ont bien changé ! Luanda, où j’habitais avec ma famille, était une ville difficile à vivre, où tout manquait. J’y suis revenu à quatre reprises par la suite, et je dois dire que je suis impressionné par l’évolution de la capitale angolaise.

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Le « Marginal » – le boulevard du bord de mer emblématique de la ville – qui vient d’être aménagé, a belle allure. Le gouvernement a été capable d’utiliser l’argent du pétrole à bon escient, en particulier pour développer les infrastructures.

Le gouvernement angolais a été capable d’utiliser l’argent du pétrole à bon escient.

Et l’industrie pétrolière locale est montée en gamme, ce qui nous a permis de réaliser 10 millions d’heures de travail en Angola pour la construction du FPSO Clov, dont l’assemblage final a été fait à Port Amboim, au sud de Luanda, dans une cale-sèche qui pourra être ré-utilisée pour nos prochains projets angolais.

Justement, quelles sont les prochaines étapes pour Total en Angola ?

Nous avons démarré en février 2014 le projet de Kaombo, sur le bloc 32, lui aussi en offshore profond. C’est une aventure majeure, dotée d’un budget de 16 milliards de dollars. Nous poursuivons également l’exploration pour les gisements « antésalifères » (« pre-salt », situés sous une couche sédimentaire de sel, ndlr) au sud du pays. Pour le moment, nos forages dans cette zone n’ont rien donné de concluant, mais nous restons confiants. À titre d’exemple, il nous a fallu quatre forages infructueux avant de trouver du pétrole sur le bloc 17, qui fournit aujourd’hui un tiers de la production angolaise !

La part du personnel angolais et celle du « contenu local » (produite sur place) seront-elles plus importantes sur ces futurs projets?

Aujourd’hui, 75 % du personnel de notre filiale angolaise est local. Même si cette proportion est moins importante pour les postes les plus élevés, j’ai pu observer que la moitié des cadres dirigeants étaient angolais.

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Quant au « contenu local », il sera encore plus important pour le projet de Kaombo, qui devrait intégrer environ 14 millions d’heures locales, contre 10 millions d’heures pour Clov. Nous sommes en Angola pour durer. Les réglementations sur le « contenu local » peuvent parfois entraîner des surcoûts à court terme.

Mais à plus longue échéance, elles entrainent des économies.

Avec la chute des cours du baril de brut à Londres, qui a perdu 30 % de sa valeur en trois mois, les gisements africains en offshore profond sont-ils compétitifs par rapport à ceux des autres régions du monde ?

Il ne faut pas sur-réagir à l’évolution des cours et garder une vision de long terme. Je suis persuadé que le prix du baril va revenir autour de 100 dollars sur le long terme: la demande en pétrole continue de croître ! Cela ne nous dissuade absolument pas d’investir dans des projets africains. La rentabilité des exploitations en offshore profond n’est pas menacée : sur Clov, il faut compter 20 dollars d’investissement par baril, auxquels on rajoute de 5 à 6 dollars de frais d’exploitations par baril.

Même si les taxes et royalties se rajoutent à ceci, le cours [de 66,4 dollars le baril le 8 décembre] peut encore baisser, nous serons rentables sur ce projet… Ceci est possible en raison de la taille des réserves, qui permet des économies d’échelle. Sur le projet Clov, un seul FPSO extrait du pétrole de quatre gisements différents, qui totalisent 505 millions de barils de brut. Face à ce volume, le coût de 8 milliards de dollars n’est pas exorbitant. On le voit, les coûts d’exploitation du continent restent compétitifs pour l’offshore profond, le domaine sur lequel nous avons choisi de concentrer nos efforts. C’est vrai en Angola, mais aussi au Nigeria, au Congo Brazzaville et au Gabon…

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