Politique

Boko Haram sème la terreur dans les villes conquises dans le nord du Nigeria

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Mis à jour le 1 septembre 2014 à 10:01

Les insurgés islamistes de Boko Haram poursuivent leur campagne de terreur dans les villes récemment conquises dans le nord du Nigeria. Massacres et tueries sont légion dans une région où Abubakar Shekau, le chef de la secte, avait déjà proclamé un « califat islamique ».

La violence de Boko Haram n’a plus aucune limite. Les insurgés islamistes terrorisent les habitants des villes qu’ils ont conquises cette semaine. C’est le cas notamment à Gamboru Ngala, une ville du nord-est frontalière du Cameroun, dont les combattants islamistes se sont emparés totalement jeudi, à l’issue de plusieurs jours de combats contre les forces de sécurité et d’échanges de tirs avec l’armée camerounaise.

Selon des sources sécuritaires camerounaises, la localité a depuis été la cible samedi soir d’un bombardement aérien dont l’origine restait inconnue dimanche. "Il y a sans doute beaucoup de morts", a estimé un policier camerounais de Fotokol, à l’extrême-nord du Cameroun, située en face de la ville nigériane, sans pouvoir préciser si le bombardement a été effectué par l’aviation nigériane ou camerounaise.

La ville semble avoir été vidée de la plupart de ses habitants, d’abord massacrés par Boko Haram, puis forcés de quitter la ville par les islamistes. Des milliers sont arrivés au Cameroun voisin.

>> Lire aussi Nigeria : Abubakar Shekau, le calife fou de Boko Haram et Nigeria : Abubakar Shekau, l’imam caché de Boko Haram

 

Des meurtres ciblés aux massacres

"Ils ont commencé par des meurtres ciblés puis cela s’est transformé en massacres", a raconté un habitant, Sidi Kyarimi, qui s’est réfugié vendredi à Fotokol, comme plusieurs milliers d’habitants et de nombreux soldats. Il a ajouté que parmi les victimes des tueries figurent le plus haut dignitaire musulman de la ville ainsi que le responsable des syndicats. "Ils menacent de tuer quiconque refuse de quitter la ville. Ils affirment que ce n’est pas chez nous", a-t-il dit. Un autre habitant réfugié à Fotokol, Yousouf Sanda, a expliqué que les islamistes tiraient sur les habitants en parcourant les rues et les abattaient à la machette.

"Au départ, ils avaient dit que les habitants étaient libres de partir ou de rester, mais maintenant ils disent que tout le monde doit partir parce que c’est un califat islamique", a raconté Yousouf Sanda, évoquant aussi un pillage généralisé.

Dimanche, le journal nigerian This Day, citant une source anonyme, affirmait que l’armée avait repris Gamboru Ngala. Mais le ministère de la Défense à Abuja n’a pas confirmé cette information.

Le groupe islamiste contrôle désormais trois districts de l’État de Borno, ainsi qu’au moins un district dans deux États voisins, Yobe et Adamawa.

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, avait déclaré placer sous le règne du ""califat islamique" la ville de Gwoza, située dans la même région, dans une vidéo diffusée dimanche dernier. Cette vidéo a de nouveau attiré l’attention sur Boko Haram, qui pourrait s’inspirer de l’État Islamique en Irak et en Syrie, selon des experts, tout en gardant son indépendance. En 2009, les insurgés islamistes de Boko Haram ont lancé une insurrection armée et revendiquaient la création d’un État islamique strict dans le nord du Nigeria, majoritairement musulman, voire dans tout le pays.

Une logique de conquête de territoires

Le mouvement semble avoir franchi une nouvelle étape ces derniers mois, passant d’actions de guérilla dans le Nord-Est, assortis d’attentats suicides spectaculaires dans les grandes villes, à une logique de conquête de territoires. Le groupe islamiste contrôle désormais trois districts de l’État de Borno, ainsi qu’au moins un district dans deux États voisins, Yobe et Adamawa.

L’armée a réaffirmé que "la souveraineté et l’intégrité" du territoire nigérian étaient "intactes", sans guère convaincre. D’autres témoignages ont fait état d’atrocités ces derniers jours à Madagali, une ville majoritairement chrétienne de l’État d’Adamawa capturée cette semaine.

"Des hommes chrétiens ont été abattus et décapités, des femmes forcées de se convertir à l’islam et mariées à des terroristes", a affirmé le père Gideon Obasogie, porte-parole du diocèse de Maiduguri. "Les ‘Haramistes’ occupent les maisons des chrétiens qui ont fui et ils ont promulgué la charia, la loi islamique stricte", a-t-il déclaré. Ces informations n’ont pas pu être recoupées par d’autres sources, en raison du mauvais fonctionnement des télécommunications dans cette région isolée et de l’exode des habitants. Dans une vidéo en mai, Abubakar Shekau avait revendiqué l’enlèvement de plus de 200 lycéennes à Chibok, dans l’État de Borno, annonçant qu’elles seraient converties à l’islam et mariées de force.

(Avec AFP)