Économie

Des groupes brésiliens trop hésitants en Afrique

© Luciana Whitaker pour JA

En dépit d'une compétitivité indéniable dans l'agroalimentaire, les services pétroliers et le BTP, les entreprises du géant sud-américain connaissent mal le continent. Peu d'entre elles y investissent. Pour inverser la balance, une manifestation se tenait à Rio les 9 et 10 décembre.

Le cabinet d’avocats français Jeantet et le brésilien Vieira Rezende ont organisé ensemble une conférence-séminaire dédiée aux relations économiques entre le Brésil et l’Afrique, les 9 et 10 décembre derniers à Rio de Janeiro. Elle se tenait en haut de la tour de Firjan, la Fédération des industries de l’État de Rio, en partenariat avec le patronat de Sao Paulo (Fiesp) qui avaient mobilisé à eux deux une soixantaine de dirigeants d’entreprises.

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Destination Afrique

Objectif de la manifestation, appuyée par le groupe Bolloré et Ecobank : la promotion de la « destination Afrique » auprès des grands groupes brésiliens, que les deux cabinets d’avocats souhaitent accompagner sur le continent, tant du côté lusophone que francophone.

« Comme beaucoup de grands pays, le Brésil, concentré sur ses défis, regarde trop en dedans », remarque Nina Shapiro, ancienne d’IFC.

Premier constat fait par les participants : L’Afrique est mal connue des entreprises du géant sud-américain.

« En dépit de la proximité géographique, culturelle, agricole, et même sédimentaire pour le pétrole et les mines, investir en Afrique n’est pas un réflexe pour les entreprises brésiliennes », a fait remarquer Roberto Fendt, ancien conseiller économique du président angolais et directeur du centre brésilien des relations internationales.

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« Il reste difficile de prendre un avion pour l’Afrique depuis Rio ou Sao Paulo, les flux financiers circulent encore mal entre nos deux zones. Et il y a une incompréhension mutuelle de nos contextes économiques et sociaux » a fait observer Paulo Vieira, associé fondateur du cabinet Vieira Rezende, qui compte une soixantaine d’avocats d’affaires.

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Avantages comparatifs

« Comme beaucoup de grands pays, le Brésil, concentré sur ses propres défis, regarde trop en dedans. Et oublie de voir les opportunités d’affaires en Afrique. Les entreprises brésiliennes y ont pourtant des avantages comparatifs décisifs, notamment dans les services pétroliers, la logistique et la construction. Et pas seulement dans la zone lusophone où ils ont tendance à se cantonner », a remarqué Nina Shapiro, ancienne vice présidente de la Société financière internationale (IFC), filiale de la banque mondiale.

« Le Brésil a développé des technologies agroindustrielles utilisables dans la plupart des pays africains qui lui sont proches sur le plan du climat et des sols, notamment pour produire de l’énergie biomasse autour de plantations », a fait valoir Ivo Fouto, président d’AGN Agroindustrial, qui s’est implanté avec succès au Mozambique voici deux ans. « Mais la protection de la propriété intellectuelle sur les semences agricoles reste fragile dans beaucoup de pays africains, ce qui explique notre prudence dans notre expansion sur le continent », a indiqué cet ancien patron de Monsanto au Brésil et ex-dirigeant de la branche engrais du géant minier Vale.

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Sécurité

Pour rassurer les groupes brésiliens sur la sécurité juridique de leurs investissements, Thierry Lauriol, du cabinet Jeantet, a mis en avant la protection offerte par la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) basée à Abidjan, représentée à la conférence par le juge bissau-guinéen Namuano Dias Gomes, ancien ministre de la Justice de son pays. Le consultant brésilien Claudio Frichtak a également dressé un portrait rassurant de la situation géopolitique du continent, démontrant la diversité des situations et l’amélioration générale de la situation.

Côté financier, le Camerounais René Awambeng, d’Ecobank, en charge des multinationales, a quant à lui mis en avant les accords de son établissement et de son partenaire sud-africain Nedbank avec Banco do Brasil , BTG Pactual ainsi qu’avec la Banque brésilienne de développement BNDES, elle aussi présente à Rio. « Il faut multiplier les accords tels que celui noué par le nigérian Dangote avec Andrade Gutierrez, géant du BTP brésilien, pour la construction de la future méga-raffinerie de pétrole d’Ondo, un méga-projet de 9 milliards de dollars », a lancé le Camerounais à l’auditoire.

Diversification

Mais, selon les intervenants de la conférence, le temps presse pour les groupes brésiliens. « Le géant sud-américain, qui passe actuellement par une période économique difficile, avec la dévaluation du réal et la baisse des cours du pétrole et du fer, a tout intérêt à diversifier ses investissements et ses échanges. Mais il arrive bien tard en Afrique : les Chinois, mais aussi les Indiens et les Turcs, sont plus rapides et déjà bien implantés », a averti Nina Shapiro.

« Vous avez un tapis rouge devant vous, vous auriez tort de ne pas en profiter, mais n’attendez pas », a conclu Mamadou Diarra, ministre malien de la Jeunesse et de la Construction civile, se faisant l’avocat d’une coopération sud-sud structurante, permettant des transferts de compétences.

« L’espace de prospérité de l’Atlantique sud » pourrait mettre encore quelques années à prendre forme.

Reste à savoir si cet appel sera entendu. « L’espace de prospérité de l’Atlantique sud », vanté pendant la conférence par Roberto Fendt, pourrait mettre encore quelques années à prendre forme.

Pour le moment, seuls les grands groupes du BTP, comme Odebrecht, Andrade Gutierrez ou Queiroz Galvao investissent sur le continent.

Mais la plupart des grandes entreprises brésiliennes détenues par l’État, comme Petrobras et Vale, sont elles plutôt en phase de repli sur leur marché national.

Le géant pétrolier sud-américain, qui ne gère plus aucun projet sur le continent, ne fait d’ailleurs pas mystère de sa volonté de concentrer ses efforts sur le développement des faramineux gisements brésiliens antésalifères (situés sous une couche de sel). Et non pas sur ceux de l’Angola, pourtant du même type…

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