Diplomatie

Algérie – Maroc : une relation désespérément bornée

Frontière entre le Maroc et l'Algérie en construction près d'Oujda.

Frontière entre le Maroc et l'Algérie en construction près d'Oujda. © FADEL SENNA / AFP

Tranchées d’un côté, clôture de l’autre. Alors que le fossé entre les deux voisins ne cesse de se creuser, J.A. a enquêté, vingt ans après la fermeture de la frontière, sur cette aberration géographique, économique et humaine.

Combien seront-ils, le 31 octobre, à assister au match de volley-ball opposant deux équipes de jeunes amateurs marocains et algériens, de part et d’autre d’un filet planté sur le tracé de la frontière commune, à portée de shoot d’Oujda et de Maghnia ?

Personne ne le sait, à commencer par l’initiateur de ce projet symbolique – et pour l’instant très hypothétique -, un informaticien tangérois. Mais le succès qu’a rencontré son appel sur les réseaux sociaux (plus de 3 000 demandes de participation en deux semaines émanant d’Algérie et du Maroc) démontre à quel point l’occlusion, il y a vingt ans, de la frontière algéro-marocaine est vécue par une partie de la jeunesse des deux pays comme une aberration.

Elle n’est pas la seule démarcation fermée de la planète mais elle est, avec ses 1 601 km (Sahara ex-espagnol inclus), la plus longue et celle dont les effets économiques et humains sont sans doute les plus consternants. Le Maghreb reste aujourd’hui l’une des régions les moins intégrées au monde et les nouvelles générations de ces deux "peuples frères" ne se connaissent plus.

>> À lire Côté marocain : "Les Algériens tirent à vue sur nos mulets" et Côté algérien : "Les Marocains ont le kif, nous avons le karkoubi !"

Choc des orgueils

Certes, la fermeture de la frontière, fin août 1994, a été une décision unilatérale algérienne. Mais elle fut prise à la suite d’un attentat commis au Maroc dont Rabat rendit publiquement responsable son voisin, sans en avancer à l’époque de preuves convaincantes. Le choc des orgueils nationaux sur fond de lourds contentieux accumulés depuis les indépendances a fait le reste.

D’un côté, une conception de la marocanité, du sentiment national, qui repose sur la volonté de Dieu, sur la terre, les morts et le sang versé transmis par hérédité. Une vieille nation donc, qui pendant un millénaire n’a (presque) pas connu de servitude, mais avec à sa tête un roi jeune. De l’autre, une République adolescente au regard de l’Histoire, au passé morcelé par les conquêtes et les occupations, née dans la lutte, avec une vision de la nationalité tout autre : celle du choix des hommes, de leur volonté et de leurs sacrifices, mais avec un chef d’État au crépuscule de sa longue carrière.

Depuis vingt ans, les positions sont figées. Le Maroc appelle régulièrement à la réouverture de la frontière au nom de l’unité maghrébine. L’Algérie, qui n’ignore pas que son voisin a beaucoup plus à y gagner sur le plan économique, répond en posant des préalables inacceptables vus de Rabat : des excuses pour avoir été accusée à tort en 1994 et, surtout, un déblocage concomitant de l’imbroglio saharien via un référendum d’autodétermination.

>> Lire aussi : Algérie – Maroc : faut-il rouvrir la frontière commune ?

Climat passionnel

Plus récemment sont venues s’ajouter des accusations plus pernicieuses, Alger reprochant à son voisin de faciliter l’introduction sur son territoire de cannabis et Rabat alignant les saisies de stocks de comprimés psychotropes en provenance d’Algérie. Depuis deux mois, ce jeu de ping-pong empoisonné a pris une autre dimension. En réaction au creusement par les Algériens de tranchées anticontrebande et à l’intensification des patrouilles de gendarmerie, les Marocains ont entrepris l’érection d’une clôture équipée de capteurs, de Saïdia jusqu’au sud d’Oujda, sur une centaine de kilomètres.

"La création d’un climat passionnel, les insultes, non seulement entre les dirigeants mais surtout entre les masses encore sensibles au particularisme et au nationalisme, creusent un fossé qu’il sera difficile de combler", écrivait en 1964 un certain Mohamed Boudiaf, qui sera le seul chef d’État algérien à vouloir solder le conflit du Sahara avec le Maroc – et le paiera de sa vie. Un demi-siècle plus tard, hélas, il n’est nul besoin de changer une ligne à ce triste constat.

>> Lire aussi : Maroc – Algérie : la réconciliation attendra…

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte