Politique

Terrorisme : quand Boko Haram recrute au Cameroun

Vidéo diffusée par Boko Haram le 24 août. © HO / BOKO HARAM / AFP

Ils seraient déjà plusieurs centaines. Difficile pourtant de savoir qui sont vraiment ces apprentis jihadistes qui viennent grossir en masse les rangs de l'insurrection islamiste.

Dans l’extrême nord du Cameroun, on ne parle plus que d’eux. Ils ont entre 15 et 25 ans et ont choisi d’aller se battre pour Boko Haram. De nombreux cas de disparition ont ainsi été signalés ces derniers mois et, en juillet, avant même l’attaque de la résidence privée du vice-Premier ministre Amadou Ali, à Kolofata, une note d’alerte prévenait les autorités que "près de 500 jeunes du Mayo Sava [le département de Kolofata]s’étaient volatilisés".

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Depuis, plus d’un mois s’est écoulé, et les islamistes nigérians ont continué à gagner batailles et nouveaux "adhérents". Ils seraient "3 000 au minimum", selon un journaliste local. "Beaucoup des jeunes que nous combattons parlent français et ont des cartes d’identité camerounaises", confirme un membre du Bataillon d’intervention rapide (BIR). Pour autant, cela ne veut pas forcément dire qu’ils sont camerounais, car dans cette zone il est parfois difficile de savoir qui est qui. D’autant qu’en 2011, à la veille de la dernière élection présidentielle au Cameroun, des cartes d’identité gratuites ont été distribuées à la va-vite.

Guides locaux

Les premières recrues camerounaises auraient rejoint Boko Haram au début des enlèvements d’expatriés sur leur sol, début 2013. Ils servaient alors de guides locaux. Depuis, leurs missions se sont diversifiées : renseigner sur les positions camerounaises, aider au repli des combattants, transporter des munitions, et combattre…

Dans cette région pauvre, Boko Haram n’a aucun mal à trouver des volontaires : "Ces jeunes étaient vendeurs de carburant ou chauffeurs de mototaxis. Ils gagnaient en moyenne 2 euros par jour. Après les enlèvements et les rançons, ils peuvent toucher 1 million de F CFA (1 500 euros) et devenir propriétaires de leur moto !" explique le professeur Manassé Aboya Endong, directeur exécutif du Groupe de recherches sur le parlementarisme et la démocratie en Afrique (GREPDA).

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Beaucoup moins nombreux, les recrutements idéologiques s’appuieraient, eux, sur les quelque 1 500 jeunes Camerounais qui fréquentent des écoles coraniques au Nigeria et reviennent chaque année dans leur village. D’autres recrutements, minoritaires, sont forcés, assure un habitant des environs de Kolofata : "Dans le village, certains jeunes prennent Boko Haram pour une banque et s’endettent. Les islamistes les obligent alors à se battre en les menaçant de tuer leurs parents."

Pour tenter de faire face, les autorités camerounaises ont créé, le 14 août, une nouvelle région militaire à Maroua, dotée d’un commandement autonome et d’une gendarmerie. Un peu plus tôt, le 24 juillet, le président Biya avait annoncé un plan d’urgence pour développer le Grand Nord.

Au ministère de la Défense, on évoque aussi des "distributions d’aide alimentaire et de fournitures scolaires pour encourager les habitants à collaborer" – une manière de contrer les dignitaires originaires du Nord soucieux de se positionner pour la présidentielle de 2018. Ceux-ci aiment à rappeler que le chef de l’État est un sudiste et qu’il a jusqu’à présent été incapable de ramener la paix dans la région.

Statu quo pour les otages de Kolofata

On est toujours sans nouvelles des 17 personnes enlevées le 27 juillet à Kolofata. Parmi elles se trouve l’épouse du vice-Premier ministre Amadou Ali. En haut lieu, on affirme qu’il n’y a pas d’enquête à proprement parler, puisque les coupables, membres de Boko Haram, sont connus. Très prudent, Amadou Ali lui-même renâcle à évoquer l’affaire par téléphone. Une bonne nouvelle tout de même : Abba Malla, le député du département Mayo-Sava, a été libéré le 26 août.

C’est lui que Yaoundé avait investi du rôle de négociateur pour tenter d’obtenir la libération des otages. Il avait disparu depuis une dizaine de jours après être allé à la rencontre de membres du groupe jihadiste. Il est connu pour avoir joué un rôle essentiel dans la libération de la famille Moulin-Fournier, enlevée en février 2013. Clarisse Juompan-Yakam

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