Politique

Guinée Équatoriale : les dessous de l’appel au dialogue national d’Obiang Nguema

Téodoro Obiang Nguema, le 16 juin 2009 à Brazzaville. © AFP

En lançant le 29 août un appel au dialogue national de tous les partis politiques équato-guinéens, le président Teodoro Obiang Nguema a fait un pas vers la démocratie. Mais il reste à convaincre l'opposition en exil de la sincerité de sa démarche. Explications.

Le 29 aout, Teodoro Obiang Nguema, président de la Guinée Équatoriale depuis 35 ans, a surpris tout le monde : dans un discours solennel au Palais du Peuple de Malabo, il appelait l’ensemble des leaders politiques équato-guinéens, y compris les exilés, à se réunir en novembre pour un grand dialogue national. Pour lui, il s’agit "d’approfondir les avancées démocratiques" du pays. Pour Samuel Denantes Teulade, secrétaire de l’Association France Guinée Équatoriale, le chef de l’État "reconnaît tacitement le déficit démocratique de son pays, et même l’existence d’opposants en exil… C’est déjà un changement très fort.”

L’ouverture démocratique n’est pas la qualité première de celui qui, à 72 ans, tient son pays d’une main de fer depuis qu’il a renversé, puis fait exécuter, son oncle, Francisco Macías Nguema. L’opposition autorisée s’est réduite à une peau de chagrin avec la Convergence pour la démocratie sociale (CDPS, un député et un sénateur élus) et une ribambelle de petits partis satellites qui ont fait allégeance au Parti démocratique de Guinée Équatoriale (PDGE), au pouvoir. En fait, l’annonce d’Obiang était préparée de longue date.

Réunion historique

Dès le mois de décembre 2013, le CDPS entame des discussions avec le cabinet d’Obiang. Le 14 février dernier, "El Presidente" organise une seconde réunion au Palais du peuple avec les leaders du CDPS. Il mandate le parti d’Andres Esono Ondo (élu en décembre 2013) pour réunir à Madrid les partis d’opposition en exil, et les inviter à un dialogue national. Cette réunion, qualifiée d’historique, a lieu le 22 mars dans la capitale espagnole, et donne naissance au "Manifeste de Madrid", signé par des représentants politiques, de la société civile, des intellectuels… à l’exception notable de la Coalition pour la restauration de la démocratie (Cored), créée en septembre 2013 à Paris et qui regroupe 13 partis exilés en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe.

Pour Raimundo Ela Nsang, secrétaire exécutif de la Cored, l’appel du président Obiang est une "mascarade".

Pour Raimundo Ela Nsang, son secrétaire exécutif, l’appel du président Obiang est une "mascarade". Il attend la concrétisation d’un certain nombre de garanties exprimées dans le manifeste comme la désignation d’observateurs internationaux ou encore la libération des détenus politiques. Car, plus que tout, les opposants du Cored craignent pour leur sécurité.

Appel unilatéral

De leur côté, de retour à Malabo en mars, les représentants du CDPS tentent de remettre au président le Manifeste, mais se heurtent à un mur. "Nous n’avons jamais pu le rencontrer, raconte Wenceslao Mansogo, en charge des relations internationales du parti. Il n’a jamais donné suite et, finalement, a décidé de lancer son appel de manière unilatérale, en imposant ses règles."

Ainsi, selon la feuille de route établie par le pouvoir, tous les partis d’opposition doivent, d’ici le 31 octobre, venir s’inscrire à Malabo pour être légalisés. Les accréditations débuteraient le 3 novembre, le dialogue le 15. "Ce n’est pas sérieux !, poursuit Wenceslao Mansogo. La semaine dernière, Avelino Mocache (ancien membre de l’Union populaire, acquise à Obiang) a souhaité enregistrer son nouveau parti, l’Union de centre droite. Ses documents ont été confisqués et on lui a refusé l’inscription de son organisation…"

De quoi rendre encore plus nerveuse la Cored, qui a déjà annoncé qu’elle ne participerait pas aux discussions de Malabo. Dans un communiqué publié le 8 septembre, le CDPS s’interroge aussi sur l’absence de concertation pour organiser ce grand débat et rappelle, une fois de plus, les doléances exprimées dans le Manifeste. "Obiang ne peut pas être juge et partie", répète en boucle Mansogo. "Ce dialogue est déjà mal parti".

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