Politique

Guinée équatoriale : l’appel de la présidence au dialogue national, trop beau pour être vrai ?

Le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema, invite toutes les composantes de l’opposition à participer à un dialogue national. Mascarade ?

Mis à jour le 10 septembre 2014 à 16:13

En appelant, le 29 août, tous les partis d’opposition, légaux, clandestins ou en exil à participer à un grand dialogue national à Malabo, en novembre, Teodoro Obiang Nguema, 72 ans, en a surpris plus d’un. Celui qui tient son pays d’une main de fer depuis trente-cinq ans a toujours cultivé le rapport de force avec ses opposants.

De ces derniers, il ne reste aujourd’hui qu’une multitude de petites formations satellites qui ont fait allégeance au Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE, au pouvoir) et la Convergence pour la démocratie sociale (CPDS), qui ne compte qu’un député et un sénateur.

"La reconnaissance, même implicite, d’un déficit démocratique et de l’existence d’opposants en exil est déjà, en soi, un premier signe de changement", estime Samuel Denantes Teulade, secrétaire de l’Association France-Guinée équatoriale.

Mandat d’arrêt international contre son fils

L’allocution du président aurait été parfaite si elle ne s’était conclue sur des accents volontairement provocateurs : "Unissons-nous pour défendre notre pays contre les machinations de nos ennemis et contre le plan diabolique et archiconnu des prédateurs étrangers." Mais qui vise-t-il ? "Même si ce discours est récurrent et se veut panafricaniste, il est difficile de ne pas y voir une allusion directe à Paris, poursuit Samuel Denantes Teulade.

Le mandat d’arrêt international lancé par la justice française, en 2012, contre son fils dans le cadre de l’affaire des biens mal acquis nuit à son image et le met profondément mal à l’aise." D’autres y voient aussi une attaque contre la Coalition d’opposition pour la restauration d’un État démocratique (Cored), créée en 2013 à Paris (et donc, pour Obiang, soutenue par la France), qui réunit treize partis exilés en Afrique, en Amérique du Nord et en Europe.

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Raimundo Ela Nsang, le secrétaire exécutif de la Cored, qualifie cet appel de "mascarade" et demande des garanties solides (désignation d’observateurs étrangers, amnistie pour les prisonniers politiques, loi de réconciliation nationale…) afin d’assurer la sécurité, notamment des exilés.