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Cet article est issu du dossier «Maurice, une ambition africaine»

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Politique

Le fabuleux destin du confetti mauricien

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Mis à jour le 19 mars 2015 à 14h40

Par  Olivier Caslin

Olivier Caslin est spécialiste des transports et des questions économiques multilatérales. Il suit également l'actualité du Burundi, de Djibouti et de Maurice.

Port-Louis vu de la citadelle

Port-Louis vu de la citadelle © Fabien Mollon/J.A.

Tout un symbole ! Fin juin, la première conférence Maurice-Afrique a pris ses quartiers à Port Louis. Sous les ors de l’hôtel Maritim, l’événement a attiré les représentants de 28 agences de promotion des investissements, de la Tunisie à la Namibie en passant par le Burkina Faso et Djibouti. Une occasion unique pour les « continentaux » de profiter de l’expertise mauricienne.

L’île semble en effet être devenue le modèle à suivre en matière de développement. Dopées par la « stratégie africaine » lancée par le gouvernement en 2011, plus de 70 entreprises mauriciennes évoluant dans des secteurs très divers essaiment leur savoir-faire aux quatre coins du continent. Désormais, le défi de Port Louis, c’est de le faire savoir.

Que de chemin parcouru par ce petit bout d’Afrique sur lequel personne n’aurait misé une roupie au lendemain de l’indépendance ! Numéro un africain dans les principaux classements internationaux, Maurice est, avec le Cap-Vert et le Botswana, le pays subsaharien le plus souvent cité en exemple lors des forums économiques. Et quand le Rwanda, autre bon élève des institutions financières, cherche un président pour son Development Board, c’est un Mauricien qu’il recrute : l’ancien ministre des Finances Rama Sithanen, père de la diversification économique de l’île.

La clé du succès semble résider dans la capacité du pays à toujours anticiper. Après le sucre, puis le textile, et en attendant que le tourisme et l’immobilier se refassent une santé, Maurice se rêve aujourd’hui en Singapour africain et veut faire son entrée dans le club très fermé des grandes places financières internationales, aux côtés de Londres, Dubaï ou Hong Kong.

Passerelle naturelle et désormais souvent empruntée entre l’Asie des capitaux et l’Afrique des opportunités, l’île voit déjà transiter chaque année dans ses coffres-forts des sommes équivalant à plus d’une fois et demie son PIB, dont plus d’un tiers est destiné à être investi sur le continent. Cet essor se conjugue à celui d’activités à forte valeur ajoutée, liées en particulier aux technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi qu’à l’outsourcing (externalisation d’opérations ou de services), pour lesquelles Port Louis figure déjà parmi les leaders en Afrique.

Autant d’atouts qui devraient permettre à son économie de revenir vers les sommets après avoir un peu subi les turbulences de la crise financière internationale. En revanche, les défis posés par son insularité restent entiers. Pour tenir le cap, Maurice devra rapidement élever ses normes en matière de couverture numérique, de desserte aérienne et maritime.

Il en va de l’équilibre social du pays, caractérisé ces dernières années par une explosion des inégalités au sein de la population. Certes, Maurice fait mieux que la moyenne, avec un PIB par habitant équivalent à celui de la Turquie ou du Mexique. Mais, conséquence du virage libéral pris dans les années 1990, le fossé se creuse entre les bénéficiaires du global business et les laissés-pour-compte de la mondialisation.

Les incertitudes politiques de ces derniers mois n’arrangent pas la situation. Désormais privé de ses alliés, Navin Ramgoolam, le Premier ministre, dispose d’une majorité trop faible pour pouvoir engager les réformes nécessaires, au moins jusqu’aux élections générales prévues l’an prochain et dont la date officielle fait toujours l’objet de tractations. Au grand dam des milieux d’affaires, qui détestent ces périodes de flou. Pourtant, le temps presse, surtout si Port Louis veut maintenir sa dynamique de croissance. Et entraîner dans son sillage d’autres pays du continent.

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