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Cet article est issu du dossier «Maurice, une ambition africaine»

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Diplomatie

Maurice : Cassam Uteem, Gandhi en son pays

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Cassam Uteem a été le premier chef d'État musulman du pays, de 1992 à 2002.

Cassam Uteem a été le premier chef d'État musulman du pays, de 1992 à 2002. © Alexander Joe/AFP

S’il est tenu à l’écart de la scène politique intérieure, l’ancien président Cassam Uteem est en revanche très actif et écouté à l’étranger.

Le fauteuil de président à Maurice ? Encore aujourd’hui, Cassam Uteem se demande s’il n’est pas "damné". Plus de douze ans après l’avoir quitté avec fracas, il remarque que, depuis l’indépendance, aucun de ses occupants n’est allé jusqu’au terme de son mandat. "Nous avons tous démissionné !" note-t-il sans colère aucune, et même avec une pointe d’amusement.

Lui, c’était en février 2002. Élu en 1992 (au suffrage indirect, par les parlementaires, comme le veut la Constitution), Uteem a claqué la porte après dix années de service pour protester contre la promulgation d’une loi antiterroriste qu’il trouvait liberticide. C’était à la suite des attentats du 11 Septembre, et le gouvernement était, selon lui, prêt à brader une partie de sa souveraineté au nom de la lutte contre "les forces du Mal".

Mais ce qui l’a exaspéré par-dessus tout, c’est de ne pas avoir été entendu. "Le président n’a pas beaucoup de pouvoirs. Il est une sorte de recours. Mais il a tout de même son mot à dire sur les lois qui sont votées. Pas cette fois-ci…" se souvient-il.

L’homme est ainsi. Tout en onctuosité, tout en rondeur, mais pas du genre à transiger sur ses valeurs. En 1969, alors jeune militant, il avait quitté son parti après avoir pris position contre ses dirigeants, auprès desquels on lui demandait de s’excuser.

Depuis son dernier coup d’éclat, début 2002, cette figure de la communauté musulmane du pays, qui lutta pour l’indépendance dans les années 1960 et fut l’un des leaders du Mouvement militant mauricien (MMM) de Paul Bérenger au début des années 1970, puis successivement député, ministre et maire de Port Louis, n’a pas eu le temps de s’ennuyer.

Il a joué les médiateurs au nom de la Global Leadership Foundation, qui rassemble d’anciens présidents. Il a intégré le fameux Club de Madrid, organisation visant à promouvoir la démocratie qui compte parmi ses membres 95 ex-chefs d’État et de gouvernement. Il a rejoint le comité international d’ATD Quart Monde, ONG qui lutte contre l’extrême pauvreté.

Et, depuis la disparition de l’un de ses fils, foudroyé par une crise cardiaque il y a sept ans, il s’occupe de la fondation Oomar Uteem Charitable Trust, qui oeuvre pour l’éducation à la santé. Il continue aussi de se battre en faveur des droits de l’homme, du droit des Chagossiens à retrouver leur terre, et pour ce que l’on appelle sur l’île la "mauricianité", autrement dit le sentiment d’appartenir à une même nation.

Ignoré du Premier ministre

Sur le plan politique, en revanche, c’est morne plaine. À 73 ans, Cassam Uteem n’a plus d’ambitions électorales. Et si on le consulte sur l’évolution du pays, ce n’est que de manière occasionnelle et officieuse. "Le Premier ministre m’ignore", regrette-t-il. Uteem a bien tenté, à plusieurs reprises, de mettre Navin Rangoolam en relation avec des chefs d’État étrangers, mais "il ne souhaite pas que je joue un rôle", confie-t-il.

Descendant de laboureurs venus d’Inde, l’ancien président ne manque pourtant pas d’idées sur le communautarisme – "un danger" – ou sur la réforme électorale. Et il jouit toujours d’une belle réputation. "C’est un sage, estime Lindley Couronne, un militant des droits de l’homme. Tout le monde se souvient que, lors des émeutes ethniques de 1999, il a su calmer les choses."

Peut-être pourra-t-il se consoler avec l’ascension de son fils. Le système politique mauricien est ainsi fait que l’on retrouve toujours les mêmes noms au fil des générations. Ramgoolam, Jugnauth, Duval… Chez les Uteem, c’est Reza, 43 ans, député et cadre du MMM, qui assure la relève. Un journaliste du quotidien mauricien L’Express qui l’interviewait en 2011 disait de lui qu’"on lui donnerait le bon Dieu sans confession". Un héritage de son père, très certainement.

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