Politique

Somalie : dix choses à savoir sur Ahmed Umar Abou Oubaïda, le nouveau chef des Shebab

Ahmed Umar Abou Oubaïda a été désigné nouveau chef des Shebab après la mort de leur ancien leader, Ahmed Abdi Godane, tué la semaine dernière par une frappe américaine. Voici le portrait, en dix points, du nouvel « émir » des insurgés islamistes somaliens.

Mis à jour le 11 septembre 2014 à 10:13

Des combattants islamistes somaliens des Shebab, en février 2012. © AFP

 

  • Il serait né en Éthiopie

Ahmed Umar Abou Oubaïda, aussi connu sous le nom de Sheikh Mahad Abdikarim, serait né en 1970 à Qalafe, dans la région somalienne d’Éthiopie. Son clan familial serait toutefois originaire de la région de Gedo, dans le sud de la Somalie, aux confins des frontières éthiopiennes et kényanes.

  • C’est un ancien professeur d’études coraniques

Dans les années 1990, Ahmed Umar Abou Oubaïda a été professeur d’études coraniques dans des écoles religieuses de Jamaame puis Kismayo, port stratégique du sud du pays et bastion historique de la mouvance islamiste somalienne. Il est depuis décrit comme un homme ayant une solide culture religieuse.

  • C’est un combattant d’expérience

Ahmed Umar Abou Oubaïda est un ancien membre de l’Union des tribunaux islamiques, qui a dirigé une partie de la Somalie au milieu des années 2000. Selon Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS, il a ensuite combattu dans les brigades de Ras Kamboni, un groupe d’insurgés islamistes actifs dans le Jubbaland (partie sud de la Somalie) entre 2007 et 2010. Il finit par rejoindre les Shebab, au sein desquels il occupa notamment la fonction de "gouverneur" de la région de Bakool, dans le sud-ouest du pays.

  • C’était un proche d’Ahmed Abdi Godane

Le nouveau leader des Shebab était très proche d’Ahmed Abdi Godane, le chef des islamistes somaliens shebab tué récemment par une frappe américaine. Certaines sources affirment même que leurs deux mères étaient sœurs. Cette proximité expliquerait l’ascension rapide d’Ahmed Umar Abou Oubaïda au sein de l’organisation terroriste. "Godane avait récemment écrit une lettre dans laquelle il affirmait qu’Abou Oubaïda ferait un bon chef, glisse une source diplomatique à Addis-Abeba. Les deux hommes étaient en phase sur les plans idéologiques et stratégiques."

  • Il a dirigé la cellule renseignement des Shebab

Avant de prendre la tête de l’organisation, Ahmed Umar Abou Oubaïda a dirigé la section renseignement des Shebab. Il a, à ce titre, joué un rôle important dans plusieurs attentats et opérations contre les forces de l’Amisom ou l’armée somalienne.

  • Sa tête valait 3 millions de dollars

En 2012, les États-Unis ont offert une récompense de 3 millions de dollars à toute personne fournissant une information permettant l’arrestation d’Ahmed Umar Abou Oubaïda.

  • Il aurait fait partie de l’équipe qui a tué Abou Mansour al-Amriki

Le nouveau chef des Shebab a participé à la vague de "purges" menée en 2013 par les proches de Godane contre les voix dissidentes au sein de l’organisation. Plusieurs combattants qui se montraient un peu trop critiques vis-à-vis du cercle dirigeant avaient alors été éliminés. D’après AP, Ahmed Umar Abou Oubaïda aurait fait partie du commando qui a tué le célèbre jihadiste américain Abou Mansour al-Amriki, opposant à Godane, en septembre 2013.

  • Une personnalité complexe

Derrière le discours jihadiste officiel qu’il ne manquera probablement pas de marteler, Ahmed Umar Abou Oubaïda serait moins "extrémiste" qu’il le laisse penser. Certains le décrivent comme un homme plus à l’écoute ayant, au sein de la communauté somalie, une moins mauvaise réputation que son prédécesseur. Il n’aurait par exemple pas totalement coupé les ponts avec certains membres du mouvement Ras Kamboni, aujourd’hui opposés aux Shebab.

  • Il hérite d’une succession délicate

L’Amisom et l’armée somalienne mène une offensive d’envergure contre les Shebab depuis le mois de mars dernier. Les insurgés islamistes ont subi plusieurs revers et sont affaiblis militairement et économiquement. Ahmed Umar Abou Oubaïda hérite donc d’une succession difficile. "Il a surtout été nommé pour éviter un vide à la tête des Shebab, décrypte Roland Marchal. Il est difficile de dire s’il a été nommé pour un intérim ou s’il va réellement diriger l’organisation. Il devrait probablement être confirmé ou destitué dès que la situation se sera calmée."

  • Il maintient les Shebab dans le giron Al-Qaïda

Ahmed Umar Abou Oubaïda est fidèle à la ligne d’Ahmed Abdi Godane. Dans leur communiqué annonçant la nomination de leur nouveau chef, les Shebab ont aussi réaffirmé leur allégeance à Al-Qaïda et à son leader, l’Égyptien Ayman al-Zawahiri.

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Benjamin Roger