Droits de l’homme

Gambie : la chasse aux gays est rouverte

| Par
L'oeil de Glez.

L'oeil de Glez. © Damien Glez

Yahya Jammeh promulguera-t-il la loi qui promet la prison à perpétuité aux homosexuels et aux séropositifs gambiens ? Comme d’habitude, le suspense fait l’affaire de ce provocateur né.

Il est des autocrates qui ne craignent guère la furie du monde. Leur secret ? Ce manque flagrant de richesses nationales qui met à l’abri des guerres de prédations ou des manipulations de nations occidentales. Nul doute que le chef d’une puissance pétrolière africaine aurait déjà été déboulonné, s’il s’était offert la moitié du quart des facéties du premier magistrat gambien. Si l’indifférence de la communauté internationale est un gage de stabilité pour le fantasque Yahya Jammeh, c’est aussi une source de frustration pour ce fanfaron. Lui qui célèbre cette année ses deux décennies de pouvoir, il ne manque donc jamais une occasion de se faire remarquer…

>> Lire aussi : Yahya Jammeh, vingt ans d’impunité

Micro à la main, le premier des Gambiens aime fredonner, en public et sur un air reggae, la liste de ses noms et attributions, pendant que le public scande "Yes, mister president !". Si ce genre de cérémonie dure déjà une heure d’horloge, elle devrait s’allonger encore, puisque le satrape ouest-africain vient de s’offrir un nouveau titre à psalmodier. Depuis le mois d’août, il est aussi "le roi qui défie les rivières", "Babili Mansa" en langue mandingue. Il convient donc que les foules l’appellent désormais "Son Excellence Cheikh Professeur Alhaji Dr. Yahya AJJ Jammeh Nasirul Deen Babili Mansa".

 

Le président gambien ne brave pas que les cours d’eau. Il défie également le fleuve des amours homosexuelles. Depuis plusieurs années déjà, les actes intimes entre personnes de même sexe sont passibles, en Gambie, de 14 ans de prison. En 2008, Yahya Jammeh avait même lancé un ultimatum aux gays, promettant de décapiter ces "vermines" si elles ne quittaient pas le pays, afin que soit "nettoyée la société gambienne". Une promesse non tenue, comme tant d’autres. Mais le 25 août dernier, l’Assemblée de Gambie vient d’offrir un nouvel outil juridique à cette croisade. Comme en Ouganda, la législation concernant l’homosexualité tend à se durcir. La loi votée en Gambie, elle, prévoit la prison à perpétuité pour les séropositifs et tout auteur d’"homosexualité aggravée". Il reste au président une dizaine de jours pour la promulguer ou la renvoyer au Parlement pour un nouvel examen.

>> Lire aussi : les lois homophobes accusées de favoriser la propagation du virus

Je vais vous tuer et rien d’autre ne va se passer.

La perspective a déjà fait bondir bon nombre d’organisations non gouvernementales de d

éfense des Droits de l’homme, notamment Amnesty International et Human Rights Watch qui somment Yahya Jammeh de ne pas entériner cette loi anti-gay. C’est oublier le dédain du président gambien pour les ONG. Par le passé, il avait averti, en ces termes, les adeptes des droits humains universels : "Si vous pensez que vous pouvez collaborer avec les prétendues organisations des Droits de l’homme et vous en sortir comme ça, vous devez vivre dans un monde de rêve. Je vais vous tuer et rien d’autre ne va se passer."

>> Lire aussi : Yahya Jammeh ou la croisade perpétuelle

Derrière ce "démon", pourfendeur des homosexuels, des journalistes et des opposants, ne se dissimule-t-il pas un ange ? Le président gambien vient de faire un don de 500 000 dollars à la Sierra Leone pour lutter contre la propagation du virus Ebola. Aveu d’impuissance de celui qui prétend habituellement guérir les maladies qui déroutent l’occident ? Car Yahya Jammeh est un président-féticheur digne des plus grands marabouts. Fils de guérisseur et lui-même "en connexion directe avec le Tout-puissant", il affirme guérir le Sida, l’hypertension artérielle, le diabète et l’asthme. Il effectue lui-même des massages et administre des décoctions à base d’herbes médicinales, tout en récitant des prières musulmanes, de préférence devant des caméras. L’efficacité de ces traitements a été "confirmée" par plusieurs membres du gouvernement qui en avaient bénéficié. Elle a même été homologuée par le ministre gambien de la Santé, le docteur Tamsir Mbowe. On se demande pourquoi le pays ne refuse pas les dizaines de millions de dollars annuels du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ? Peut-être pour les réinjecter en Sierra Leone…

________

Par Damien Glez

 

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3092_600x855 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte