Politique

L’AKP de Recep Tayyip Erdogan, un modèle pour Ennahdha ?

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Rached Ghanouchi et les siens ont réservé un accueil triomphal à Erdogan.

Rached Ghanouchi et les siens ont réservé un accueil triomphal à Erdogan. © Fethi Belaïd / AFP

Depuis sa légalisation, en 2011, Ennahdha invoque le référentiel turc à l’envi. Comme pour lisser un peu plus son image.

Puissance émergente, laboratoire de la modernité politique musulmane, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan fascine au Maghreb et dans le monde arabe. Les islamistes tunisiens d’Ennahdha ne dérogent plus à la règle. Depuis 2011, date de leur légalisation au lendemain de la révolution, Rached Ghannouchi et ses épigones ont érigé l’AKP turc en "modèle officiel".

La référence à l’expérience islamo-démocrate turque a été omniprésente tout au long de la campagne pour les élections à la Constituante. Une façon subliminale de suggérer qu’Ennahdha avait changé, n’était plus un mouvement doctrinaire qui veut imposer sa loi à la société, au besoin par la violence, et que les valeurs de l’islam et de la démocratie pouvaient être conciliées. Une stratégie de dédiabolisation qui a payé.

Les liens entre les deux formations islamistes se sont intensifiés ces trois dernières années. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s’est rendu deux fois en Tunisie, en septembre 2011, dans le cadre d’une tournée dans les pays du Printemps arabe, et en juin 2013, où on lui a déroulé le tapis rouge. Rached Ghannouchi, de son côté, a multiplié les visites à Istanbul et à Ankara, et a été l’un des premiers dignitaires étrangers à présenter ses félicitations à Erdogan après son élection à la présidence de la République et à Ahmet Davutoglu après sa désignation au poste de chef du gouvernement.

Ennahda a fait peau neuve

Le fondateur d’Ennahdha, qui aime à se poser en théoricien de l’islamisme international, prétend que ses travaux, traduits en turc, constituent une des sources d’inspiration principales de l’AKP. Ce qui est pour le moins exagéré. S’il existe aujourd’hui une proximité idéologique, elle est récente, comme le tropisme turc des islamistes tunisien. Les matrices des deux mouvements sont dissemblables, comme, du reste, leurs expériences historiques.

L’AKP est né d’une scission et a été amené à évoluer dans un univers institutionnel laïque façonné par Kemal Atatürk. Pour le parti islamiste turc, la question de la charia ne s’est jamais posée. Son modèle n’est pas transposable. Mais, à défaut d’avoir le produit, on peut imiter l’emballage. Les recettes de marketing politique développées par le parti d’Erdogan commencent à faire école du côté de Montplaisir, où se trouve le siège du mouvement islamiste tunisien.

Lors de la présentation de ses listes de candidats aux législatives du 26 octobre, Ennahdha a fait peau neuve en écartant certains caciques et en "sacrifiant" 56 des 89 élus sortants, pour faire place aux jeunes talents et aux capitaines d’industrie sans appartenance partisane. Une opération séduction manifestement inspirée des méthodes de l’AKP et destinée à lisser un peu plus son image, à élargir son électorat et à se concilier les milieux d’affaires.

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