Arts

À Paris, deux expositions réconcilient la France et le Maroc

Oeuvre de Noureddine Tilsaghani.

Oeuvre de Noureddine Tilsaghani. © Noureddine Tilsaghani/IMA

Deux grandes expositions sont programmées au Louvre et à l’Institut du monde arabe sur le Maroc à partir de la mi-octobre. Rabat et Paris se reconnectent loin de la brouille diplomatique.

Au Moyen-âge, au moment où les croisades enfonçaient le Proche-Orient dans une guerre de religions, une belle histoire de communion entre musulmans, Juifs et chrétiens se déroulait dans Al Maghrib Al Aqssa (toponyme arabe désignant les confins occidentaux du monde musulman). C’était l’époque de Ibn Roshd, de Maimonide, de Saint Thomas, des débats entre Foi et Raison, des  créations artistiques et architecturales; l’époque où le Maroc reliait l’Andalousie au fleuve du Sénégal.

Cinq siècles d’histoire foisonnante mais méconnue que révéleront deux expositions phares à Paris : "Le Maroc contemporain" à l’Institut du monde arabe (IMA), du 15 octobre au 25 Janvier, et "Le Maroc médiéval : un empire de l’Afrique à l’Espagne", qui se tiendra au Louvre du 17 octobre au 19 Janvier.

Programmées de longue date avant que les relations diplomatiques entre la France et le Maroc ne soient perturbées par l’affaire de Neuilly, les deux manifestations ont été maintenues avec une belle palette de contributeurs et de sponsors. Il a fallu presque 20 minutes à Jacques Lang, président de l’IMA, pour les remercier tous lors d’une conférence de presse tenue le 17 septembre à l’IMA. À ses côtés, Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées, un brin lyrique, a exalté ce grand moment de métissage entre l’Orient et l’Occident dans un contexte de montée du jihadisme islamiste. Aucun des deux n’a pipé mot sur le désaccord politique. En bons gentelmen, Français et Marocains préfèrent pour le moment parler d’art et de tolérance et évitent les questions qui fâchent.

Pour l’exposition qui se déroulera à l’IMA sur 2 500 m2, les commissaires ont dû sillonner le Maroc à la recherche d’artistes parfois méconnus pour montrer le visage contemporain de l’art marocain dans sa diversité. C’est la première fois que des artistes pionniers se retrouvent avec la jeune relève. Plasticiens, photographes, designers, vidéastes, couturiers…on notera la participation de l’artiste tangéroise Ytto Berrada, Farid Belkahia, Touhami Ennadre, Mahi Binebine, à côté de jeunes comme Laila Alaoui, spécialiste des représentations migratoires ou Younes Rahmou qui a confectionné 77 lustres sous forme de fleurs représentant les 77 branches de la foi musulmane.

Diaporama présentant quelques oeuvres exposée à l’IMA :  

L’exposition parallèle du Louvre propose une nouvelle lecture de l’histoire de l’occident islamique sur un fond chronologique qui relie trois grandes dynasties marocaines : les Almohades, les Almoravides et les Mérinides. Quelques 200 chefs d’œuvres seront exposés, dont plusieurs, jalousement conservés par la direction des Archives royales au Maroc, n’ont jamais été montrés au public. Il y en a aussi qui proviennent de pays, jadis faisant partie de l’empire marocain (Mauritanie, sud de l’Espagne, nord du Sénégal…) et qui ont accepté de les prêter le temps de l’exposition.

Ainsi, on appréciera les grands lustres de la mosquée Al Qaraouiyine, le plus grand minbar conservé dans sa totalité et datant du 10e siècle, une stèle funéraire du 12e siècle fabriquée à Almeria en Espagne, un manuscrit du philosophe Maimonide prêté par les autorités de Jérusalem, un Coran du 12e siècle qui vient de Tunisie. Pour la première fois aussi, le Louvre a rassemblé les fragments de la chasuble de Saint Exupère, une étoffe qui sert à célébrer la messe produite dans un atelier andalou au 12e siècle. 

Des films, des spectacles de danse et de chant, des débats…figurent aussi au menu de ces rendez-vous culturels hautement suivis par les cercles diplomatiques des deux pays. Qui sait? Peut-être  qu’un vent de douceur soufflera sur les relations franco-marocaines…

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