Politique

Quand le Mali se relèvera

Mis à jour le 13 octobre 2014 à 09:43
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Élu il y a un an avec une majorité confortable et fort d’une sympathie internationale sans précédent, le président Ibrahim Boubacar Keïta avait toutes les cartes en main pour résoudre la crise au Nord et conduire le Mali hors du gouffre où l’avaient plongé la rébellion déclenchée par le MNLA, le coup d’État du capitaine Sanogo et l’occupation jihadiste. Douze mois plus tard, ces cartes ont été perdues les unes après les autres.

Si le président avait engagé le dialogue intermalien dans les délais prescrits par l’accord de Ouagadougou (soixante jours après la formation du gouvernement), il se serait donné les moyens de négocier dans des conditions infiniment plus favorables.

Or, depuis la défaite de l’armée à Kidal, le 21 mai, le rapport de force sur le terrain nous est défavorable. En outre, la crédibilité extérieure du Mali a fondu comme beurre au soleil. Profitant de cette situation, les groupes du Nord mettent la barre si haut qu’ils donnent l’impression de vouloir sortir des balises posées à Ouagadougou en juin 2013 : respect de l’intégrité territoriale, unité nationale et laïcité de l’État.

Cependant, il est encore possible, dans le cadre du Mali actuel, d’apporter des réponses démocratiques appropriées aux questions que soulèvent les dirigeants des groupes du Nord.

La crise que traverse le Mali est profonde. Elle ne se limite pas à la seule question du Nord. Elle pose des problèmes de gouvernance qui concernent tout le pays. Et les réponses doivent, de ce fait, concerner le pays tout entier.

Ne l’oublions pas. Le Mali s’est certes effondré du fait de la rébellion, de la présence des unités d’Aqmi au Timétrine et dans la forêt du Wagadou, du business de la drogue et des otages. Mais aussi à cause, entre autres, de la gangrène de la corruption, de la personnalisation du pouvoir, de la justice, du manque de vitalité et d’autonomie des partis politiques, de la société civile et des institutions républicaines.

C’est donc une approche et une thérapie globales qui s’imposent. De ce point de vue, les négociations d’Alger et leur issue souhaitée ne sauraient être qu’une étape du relèvement et de la refondation du Mali.

Il faut revoir de manière hardie la gouvernance pratiquée jusqu’ici. Les dérives et les difficultés qui ont émaillé la première année du quinquennat d’IBK montrent à l’évidence que le retour à la normalité constitutionnelle n’est pas suffisant pour panser les plaies dont souffre le pays.

Le Mali n’est pas devenu un pays normal parce qu’on y a tenu, au forceps, une élection présidentielle en juillet et août 2013. D’importantes réformes institutionnelles s’imposent non seulement pour répondre aux demandes des groupes du Nord, mais aussi pour instaurer et consolider les règles de bonne gouvernance, pour réorganiser les relations entre l’État et le citoyen d’une part, entre l’État et les communautés d’autre part.

Un nouveau pacte national de paix et de bonne gouvernance devra être proposé aux communautés du Nord et à l’ensemble des forces vives de la nation, avec la ferme volonté d’installer une nouvelle ère de confiance et de cohésion entre toutes les composantes du Mali.

À cet égard, l’élection des gouverneurs de région (de toutes les régions du Mali) par des assemblées régionales (élues à la proportionnelle) sera une réponse démocratique pertinente aux préoccupations de libre administration exprimées par certains de nos compatriotes.

Dans le même esprit, pour lutter contre la personnalisation du pouvoir et les dérives de type monarchique, l’élection présidentielle au suffrage universel devra être supprimée au profit d’une élection par le Parlement. Cette réforme permettra à la fois d’équilibrer les pouvoirs entre l’exécutif et le législatif et d’économiser les dizaines de milliards consacrés tous les cinq ans à ce scrutin. La fonction de Premier ministre disparaîtra. Les partis seront encouragés à se regrouper pour constituer des entités plus viables.

La refondation de l’armée, la réforme de la justice, la réhabilitation du mérite dans l’administration, le contrôle et l’obligation de rendre compte, la politique de formation et d’emploi, la consolidation de la presse, l’émergence et le renforcement de la conscience citoyenne seront au coeur du nouveau pacte. Osons poser les jalons d’un nouveau départ pour le Mali, qui fera des pas de géant quand il se relèvera.