Arts

Ag Assarid ou l’art de la com

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Moussa Ag Assarid partage son temps entre le Mali et la France où il vit.

Moussa Ag Assarid partage son temps entre le Mali et la France où il vit. © PIERRE VERDY / AFP

Comment défendre la cause de l’Azawad en Europe ? Le porte-parole du MNLA a eu l’idée d’organiser un événement invitant musiciens, calligraphes, activistes, historiens… Projet culturel ou propagande ?

Moussa Ag Assarid est un jeune homme plein de ressources. Afin de promouvoir la cause pour laquelle il s’est engagé depuis 2011, le porte-parole du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) n’hésite pas à aller là où on ne l’attend pas. Dernière audace ? Jouer la carte de l’art. Jusqu’au 9 octobre, il présente à Utrecht, aux Pays-Bas, sa vision de l’Azawad au sein de la "New World Embassy". Un "projet [qui] se veut au carrefour de l’art, de la théorie et de l’activisme en proposant une ambassade temporaire, forme d’espace extraterritorial de représentation, de négociation et d’échanges internationaux". Et qui mêle expositions, projections, rencontres…

"C’est une idée assez osée", prévient Moussa Ag Assarid, qui s’est proclamé "représentant diplomatique" plutôt qu’artiste, même s’il est l’auteur de quelques photographies et de deux livres autobiographiques (Y a pas d’embouteillage dans le désert ! et Enfants des sables, publiés aux éditions Presses de la renaissance). Dans cette "ambassade" de l’Azawad, tous les symboles de l’État sont représentés… pour de faux : "On a créé une carte d’identité et un passeport et on a affiché la déclaration d’indépendance de 2012", explique-t-il.

"Les habitants de l’Azawad auront des hôpitaux, de l’eau, et leur liberté"

Pour ce projet, artistes, historiens, associations de défense des peuples autochtones et avocats donnent leur point de vue sur ce pays rêvé dont l’avenir – aussi bien de la terre que de ses habitants – est en cours de négociation. Des artistes, activistes de la cause du MNLA, participent également, à l’instar du groupe Tinariwen ou du calligraphe Mazou Ibrahim Touré. Vidéastes, designers et plasticiens néerlandais ont, sous la direction de Jonas Staal, le binôme batave de Moussa, "fait en sorte que l’on puisse voir l’expression des gens de l’Azawad" : en d’autres termes, de mieux faire connaître ce peuple.

Une démarche qui s’adresse davantage aux Occidentaux qu’aux "frères d’armes" de Kidal, qui, reconnaît Moussa Ag Assarid, "ne comprennent rien à la démarche. C’est trop loin pour eux". Mais l’exposition tombe à point nommé : quand Assarid joue avec le concept d’État de l’Azawad, les groupes armés, eux, tentent à Alger d’aboutir à un accord de paix avec le gouvernement malien. D’indépendance, il n’est plus question depuis décembre 2012. Mais, entre le possible et le fantasme, Assarid sait qu’il y a un monde au sein duquel il faut louvoyer, et qu’il faut parfois réviser ses rêves à la baisse.

Passer du sable de l’Azawad aux galeries d’Utrecht, Bruxelles ou Berlin – où sera présentée l’exposition -, c’est un jeu d’enfant pour l’équilibriste Assarid, arrivé à l’âge de 22 ans en France avec un visa touristique. Animateur dans des Club Med, comédien ou encore intervenant pour le groupe Total sur les questions de communication interculturelle, celui qui s’est depuis installé à Poitiers sait s’adapter. Une chose est sûre, affirme-t-il, il reviendra à Kidal "pour y passer [s]a retraite", et alors, "les habitants de l’Azawad auront des hôpitaux, de l’eau, et leur liberté". Dans son cocon, un peu fleur bleue, il rêve encore de son grand projet. Qu’importe si cela peut sembler, à tout le moins, naïf : Moussa Ag Assarid veut croire que son art et sa "répercussion internationale" peuvent aider à changer les choses.

"New World Embassy", jusqu’au 9 octobre, Lange Nieuwstraat 4, NL-3512 PH Utrecht (Pays-Bas)

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