Politique

Birmingham contre le califat

Par

Fouad Laroui est écrivain.

Cette histoire de califat proclamé par Iznogoud dans le nord de l’Irak est évidemment tragique, puisqu’on est à la veille de la deuxième ou troisième guerre d’Irak et que des dizaines de milliers d’innocents vont périr – ajoutez à cela les réfugiés chrétiens ou yazidis forcés de quitter des villes où ils étaient chez eux depuis des siècles, ajoutez les assassinats et les décapitations qui nous glacent d’horreur -, mais enfin le calife, sa barbe à poux et sa montre suisse ont aussi un côté grotesque, pour ne pas dire amusant.

Une illustration de ce côté farfelu du califat – on pourrait d’ailleurs faire des deux mots un seul : le califarfelu – nous vient de la bonne ville calviniste de La Haye. On y est confronté à un problème sérieux, celui de jeunes familles d’origine marocaine qui souhaitent s’installer dans le prétendu État islamique proclamé dans la foulée de l’instauration du califarfelu. Cet État islamique a ceci d’intéressant qu’il n’est ni l’un ni l’autre : ni État, ni islamique, de la même façon que le Saint Empire romain germanique n’était ni saint, ni empire, ni romain, ni germanique – la totale, quoi ; et cela ne l’a pas empêché de durer mille ans. Mais on s’égare.

Revenons à Rachid, Salima et leurs deux bambins, tous natifs de La Haye, assez peu futés, très ignorants de la marche du monde, mais persuadés par l’imam du coin qu’en bons musulmans ils ne peuvent vivre que dans un État où la charia s’applique ; et où s’applique-t-elle aujourd’hui, mon bon monsieur, ailleurs que dans le califarfelu ? D’où : je vends mes maigres biens et je m’exporte avec femme et enfants vers ce lieu magique.

Ce qui me fait rire dans cette histoire, ce n’est pas l’insondable niaiserie de ces écervelés mais la réaction d’un édile de La Haye, appelons-le monsieur Smit, qui a imaginé un plan génial pour dissuader les candidats au tourisme califarfelutique. Au lieu de s’évertuer à leur dire que leur projet de vivre dans l’islamisme et ses provinces n’est pas malin – on ne les convaincra pas -, pourquoi ne pas leur proposer un autre lieu où la charia s’épanouit sans risques pour les études du petit dernier et la santé de toute la famille ? Et monsieur Smit de sortir de son chapeau la bonne ville anglaise de Birmingham. Selon lui, des quartiers entiers de cette ville vivent selon la charia.

On y trouve des écoles et des collèges islamiques. On y trouve même une université du nom de "Jamia Islamia Birmingham". Dans ces quartiers, tous les bouchers sont halal, ainsi que les restaurants, les librairies et les coiffeurs. Et comme il y a peu de chances que Birmingham soit un jour rayé de la carte par l’US Air Force, on peut réellement y faire sa vie et y envisager une retraite paisible bercée par les versets du Coran.

Birmingham contre le califarfelu : qui y aurait songé ? J’ai d’abord éclaté de rire puis j’ai compris que nous tenions là quelque chose de constructif, dans le droit fil du pragmatisme et du bon sens qui ont fait la prospérité du pays du gouda : chapeau bas, monsieur Smit !

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