Politique

Tunisie : à Gabès, le gouvernement bloque un projet de 25 millions d’euros et 300 emplois

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Le ministre tunisien de la Santé, Mohamed Salah Ben Ammar.

Le ministre tunisien de la Santé, Mohamed Salah Ben Ammar. © Mounir Rais/Wikipedia Commons

Avec une relance en panne, la Tunisie multiplie les appels aux investisseurs étrangers. Mais le gouvernement ne donne pas toujours une suite positive aux projets, sans pour autant motiver son refus de manière convaincante, comme le montre l’affaire ECC. Explications.

"Qu’on nous démontre que ce projet va à l’encontre des intérêts du pays !", assène, mécontent, le docteur Marc Keller, vice-président des affaires médicales de l’European Cancer Centers (ECC). La raison : le ministre tunisien de la Santé, Mohamed Salah Ben Ammar vient d’opposer son veto à la création à Gabès (Sud) du plus important hôpital privé de cancérologie du continent africain, avec à la clé 25 millions d’euros d’investissement et 300 emplois locaux.

Ce projet, à 80% en "offshore" (c’est à dire à destination d’une clientèle étrangère), a tout pour séduire les Tunisiens puisqu’il aurait participé, à moyen terme, au développement du tourisme médical en Tunisie avec, en sus, la mise en place d’un programme de recherche de pointe ainsi que la création de la première bio-banque d’Afrique. À court terme, la création d’un tel pôle à Gabès permettrait de faire travailler le secteur du BTP d’une région non émergente et de promouvoir les compétences tunisiennes en matière de santé tout en s’inscrivant dans la dynamique de la décentralisation prévue dans la nouvelle Constitution.

Le ministre motive son refus par la volonté de "garantir un accès universel à des services de santé de qualité concrétisant ainsi la démocratie sanitaire."

Le refus paradoxal du ministre de la Santé intrigue d’autant plus qu’en tant que directeur de la santé du même ministère sous le précédent gouvernement, il avait avalisé ce projet, retenu par les autorités tunisiennes le 13 novembre 2013 comme "grand projet national". Celui-ci avait ensuite été examiné, le 22 août 2014, par la Commission supérieure des grands projets. Les raisons avancées par Mohamed Salah ben Ammar sont peu convaincantes. En soulignant "que le secteur public doit rester la référence tout en travaillant au développement harmonieux des secteurs sanitaires public et privé", il motive son refus par la volonté de "garantir un accès universel à des services de santé de qualité concrétisant ainsi la démocratie sanitaire."

Refus paradoxal

"C’est assez incompréhensible ; le projet d’ECC relève de l’investissement privé que la Tunisie appelle de tous ses vœux. Le ministre, pour des raisons obscures, réagit comme s’il y avait atteinte au secteur public, ce qui n’est pas le cas. En l’état actuel, le secteur public n’a pas les moyens de ses ambitions mais ce n’est pas une raison pour ne pas laisser faire le privé", explique un radiologue qui, comme ses confrères, réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires avec la clientèle libyenne et mauritanienne. Pourtant le créneau des soins en offshore, estimé à 5 % des exportations de services du pays et à 25 % du chiffre d’affaires des cliniques, est encouragé par le gouvernement au point qu’une loi autorise depuis juillet 2014 les établissements privés à effectuer les opérations de change.

L’affaire commence à faire grand bruit à Tunis, d’autant que ECC, dans ses communiqués, soutient que Mohamed Salah ben Ammar pourrait être être à nouveau sollicité par un projet similaire prévu à proximité de la capitale. Cependant, le groupe médical ne compte pas jeter à la poubelle trois ans de travail. Mark Keller se prépare à rencontrer très prochainement le chef du gouvernement, Mehdi Jomâa, pour relancer le projet et surtout obtenir de sa part des explications convaincantes.

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