Société

Prostitution : du bar à la Toile

Mis à jour le 9 octobre 2014 à 11:25

Les nouvelles technologies transforment la profession. Tandis que les réseaux sociaux offrent des plateformes de rencontres plus discrètes, le mobile banking facilite les transactions.

La photo de profil est aguichante. La jeune fille adopte une pose lascive, laissant deviner ses formes sculpturales, sans raffinement ni vulgarité. Elle se prénomme Sandy, se décrit comme une étudiante de 23 ans inscrite dans une école de Dakar et disposée à faire des rencontres. Par chat, elle se montre plus entreprenante et n’hésite pas, après quelques échanges convenus, à entrer dans le vif du sujet. Et propose ses services. "Appelle-moi lorsque tu es à Dakar, on peut se voir, ce n’est pas cher."

Du virtuel au réel, il n’y a que quelques milliers de francs CFA. Sandy a-t-elle cessé de "chasser" les clients dans les bars des grands hôtels, discothèques, maquis et autres lieux bien connus pour se réfugier sur les territoires numériques ? Elle met fin à l’échange dès qu’on l’interroge sur son activité. Mais c’est un fait, nombreuses sont les prostituées qui ont cessé de s’user "offline" pour s’adonner à la cyberprostitution, moins risquée, plus rentable et plus discrète.

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C’est ainsi que de nombreux réseaux sociaux et sites de rencontre sont détournés de leur usage premier pour se muer en vitrines pour prostituées. Parmi les plateformes privilégiées, le site de rencontre Badoo, créé en 2006 et basé à Chypre, et l’incontournable géant américain, Facebook. Ce dernier serait particulièrement prisé par les étudiantes, selon une étude publiée en juin 2014 par l’université nigériane de Covenant qui établit des liens entre l’usage de ce réseau et la prostitution parmi les étudiantes de l’État du Delta.

Une forme d’utilisation renforcée par le boom des smartphones, qui facilitent l’accès à ces sites via leurs applications. Au Kenya, la moitié de ces petits écrans de poche actuellement en circulation a été vendue durant la seule année 2013.

Au Maroc, une personne sur trois possède désormais ces téléphones high-tech, dont le prix est passé sous la barre des 50 dollars (39 euros). Le cabinet d’études Juniper Research estime par ailleurs que, d’ici à 2017, la consommation de "contenus pour adultes" via des appareils mobiles va augmenter de 30 % dans le monde – et l’Afrique n’y échappera pas.

Des réseaux plus structurés

Devenu stratégique, proposer ses services sur la Toile n’est plus l’apanage des seules prostituées jeunes et hyperconnectées. Certaines surfent aussi sur le développement technologique et la connectivité accrue du continent pour moderniser leurs activités. De Dakar à Casablanca, des réseaux plus structurés, dotés d’appartements aménagés, sont apparus.

Des ordinateurs, une connexion à internet, des chambres où les filles font leur show, le diffusent sur le web et peuvent, in fine, proposer une rencontre sur place. À Johannesburg, où cette pratique est déjà bien implantée, retrouver une escort à son domicile à l’issue d’un chat ou d’une simple recherche sur le web coûte environ 150 dollars.

Les nouvelles technologies ont bouleversé un autre aspect de la prostitution, le mode de paiement. Grâce au mobile banking, les transactions s’effectuent virtuellement, de mobile à mobile. Parfois, une simple recharge de téléphone peut même servir de monnaie, comme à Kinshasa, où les "unités" de crédit téléphoniques sont souvent demandées en guise de paiement.