Société

Vilains barbus et belles barbantes

| Écrit par Damien Glez
L’oeil de Glez.

L'oeil de Glez. © Glez

Au cliché des arabes jihadistes, les belles orientales opposent des concours de Miss toujours plus nombreux. Avec plus ou moins de pertinence…

Si qualifier "le monde arabe" revient, selon certains, à afficher une vocation au martyr, l’évoquer simplement démontre déjà un goût pour les casse-tête. Si l’expression désigne communément un ensemble de régions couvrant le nord de l’Afrique, la Péninsule arabique et le Proche orient, le regroupement est sujet à caution, notamment lorsqu’il s’agit de dresser de façon exhaustive la liste des pays qui dessinent cet ensemble. Ils seraient 23 selon certains critères géographiques, mais seulement 22 si l’on s’en tient aux critères politiques de la Ligue arabe.

Pour ceux qui réfléchissent en matière linguistique, voilà à nouveau 23 nations réunies de façon scabreuse si l’on considère que les arabophones, même dominants, n’y sont pas exclusifs. Quant à ceux qui y traquent en priorité le partage de la culture musulmane, ils brouillent encore les pistes. Qui considèrerait l’Indonésie –le plus grand pays musulman du monde par sa population – comme un pays arabe ? "On m’appelle l’oriental", tentait de trancher joyeusement le chanteur d’origine maghrébine – et séfarade – Enrico Macias. Mais où commence son Orient et où finit l’Occident ?

Une représentation graphique actuelle englobe tout de même l’entièreté de cette zone à géométrie variable : la nouvelle carte des zones qui inspirent au ministère français des Affaires étrangères "la plus grande vigilance". Censément encastré dans ces taches oranges et rouges, le monde arabe apparaît donc, aux moins subtils, comme un cloaque où pulluleraient les suppôts de l’État islamique en Irak et aux Levant. Oubliés la poésie de Tufayl Ibn Awf, le charme d’Omar Sharif ou les vibratos d’Oum Kalthoum. N’existe-il donc pas une activité panarabe capable d’associer à ce théorique "monde arabe " autre chose que l’image d’un barbu sanguinaire ? L’honneur pourrait être sauvé par la grâce de reines de beauté…

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Il y a quelques jours, à Beyrouth, le mannequin et étudiante de Fès Chorouk Chelouati était élue "Miss beauté arabe 2014", devant 31 autres candidates. Les concours de beauté n’ont pas toujours fait bon ménage avec les pays à forte dominante musulmane. En 2012, le Maroc s’offusquait de voir les finalistes de "miss Belgique" poser en tenue légère devant la grande mosquée Hassan II de Casablanca. Pourtant, la compétition pour le titre de "Miss beauté arabe" n’a pas rayé de son programme le défilé en bikini. Toutefois, les organisateurs ont toléré que la Marocaine Chorouk Chelouati refuse "par principe" le port du maillot de bain. Cette entorse n’a pas empêché la jeune fille de remporter la couronne. L’aurait-elle aidée ?

Voilà peut-être le secret des versions "arabes" des plus kitschs compétitions européennes : singer au maximum en n’excluant pas quelque adaptation, même inopinée, à la culture dite "orientale" ; et tancer, quand il le faut, la gaffe monumentale d’une expérimentée Geneviève de Fontenay glorifiant "l’Algérie française" au dernier concours de Miss Algérie. Certains, comme le ministre algérien de la Jeunesse, a souhaité que ladite adaptation soit alors une interdiction pure et simple de la manifestation.

L’obsession de l’"arabisation" (…) des élections de reines de beauté ne doit pas virer à la caricature.

Mais attention : l’obsession de l’"arabisation" ou de l’"orientalisation" des élections de reines de beauté ne doit pas virer à la caricature. En août dernier, la presse brocardait Safaa Touach, l’ancienne Miss Maroc devenue "Miss Monde Arabe 2012". Au concours de "Miss Humanity", la seule représentante du… monde arabe s’est sentie obligé de mettre en avant ses origines. Comme pour mieux cultiver le cliché de la danseuse du ventre, elle a improvisé un balancement burlesque qui n’a pas suscité le buzz escompté. Mais buzz il y a eu, la presse spécialisée postant la vidéo pour mieux s’en moquer. Ainsi, le site yabiladi.com évoqua "un déhanché rappelant un manche à balais " et se demanda où se trouvaient "les chameaux et les palmiers".

C’est encore une Marocaine, Ghita Kebrani, qui a atteint la finale de "Miss World Next Top model 2014", émissions phares de la chaîne libanaise MTV. Avec tant de beautés de la planète représentées dans le monde arabe et tant de beautés du monde arabe représentées dans les compétitions mondiales, nul doute que l’entité géographique "orientale" n’évoquera plus seulement les islamistes insensibles. Sauf qu’à force de se multiplier -de "Miss beauté arabe" à "Miss Monde Arabe"-, les concours de beauté "arabisant" finissent par rappeler le morcellement des organisations jihadistes…

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Par Damien Glez

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