Politique

Satan is back

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Par  François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Même si l’on reproche aux journalistes – souvent à raison – de ne parler de l’Afrique subsaharienne que sous l’angle de ses échecs, lesquels masquent le foisonnement de ses réussites quotidiennes, Dieu sait combien il est difficile, en ce mois de septembre 2014, d’être afro-optimiste. De Yaoundé à Dakar, en effet, la question du moment ressemble à l’alternative du diable : quel est le pire des virus, Ebola ou Boko Haram ?

De passage à Paris cette semaine, notre confrère Guibaï Gatama, directeur de publication de L’OEil du Sahel, l’un des meilleurs journaux camerounais et sans doute le mieux informé, a ouvert dans mon bureau son ordinateur portable. Sur l’écran défilent des spots de propagande en arabe de la secte mortifère d’Abubakar Shekau, exclusivement destinés à ses généreux donateurs saoudiens, soudanais ou qataris, histoire sans doute de leur démontrer que leur argent est aussi saintement utilisé à Maiduguri et Kousseri qu’à Raqqa et Fallouja. Insoutenable. Irregardable et pourtant regardé, pour tenter de comprendre comment l’horreur peut fasciner les milliers d’adeptes d’une secte qui recrute désormais de façon exponentielle hors de son foyer infectieux nigérian, du nord du Cameroun au sud du Niger – et comment elle peut attirer des sponsors aux cerveaux malades.

On y voit un adolescent d’à peine 12 ans décapiter avec application au couteau de cuisine deux policiers en uniforme, puis brandir leurs têtes en hurlant "Allahou akbar !" Capturé lui aussi lors de la prise de la ville nigériane de Gwoza, fin août, un troisième est écartelé entre deux véhicules 4×4. Son démembrement s’achève à coups de machette. Autre séquence, longuement filmée et sans doute inédite au palmarès de la barbarie : le massacre d’enfants.

Ils sont une douzaine, à genoux, les mains liées. Des membres de la secte en treillis, barbes folles et visages découverts, les haranguent. Puis passent à l’acte. Rafales de kalachnikovs à bout portant, balles dans le crâne pour finir. Un gamin tente de s’enfuir, se prend les pieds dans sa djellaba, tombe, se relève, est atteint dans le dos, s’effondre, rampe, puis meurt. Éclats de rire des bourreaux sur fond de chants jihadistes et fin de la vidéo.

Ebola, Boko Haram : deux épidémies dont la virulence laisse pantois et qui ont en commun d’être à la fois éradicables, pour peu que l’on s’en donne les moyens, et africaines, donc trop longtemps considérées comme négligeables par le monde riche. Le virus Ebola a été mis au jour en 1976 dans ce qui s’appelait alors le Zaïre : rien, depuis, n’a été fait pour y trouver un remède, aucun laboratoire n’a mis 1 dollar pour élaborer un vaccin.

Quant à Boko Haram – dont les victimes ont le désavantage d’être africaines, à mille lieues de l’émotion suscitée par le meurtre abject de ressortissants occidentaux -, l’ersatz de coalition décrété lors du sommet de l’Élysée en juin dernier pour la circonscrire n’est que l’ombre de l’armada mise en oeuvre pour effacer de la carte le califat syro-irakien d’Abou Bakr al-Baghdadi.

Sur ces deux fronts, l’heure est désormais aux prévisions apocalyptiques, comme si les virus africains ne s’éliminaient qu’une fois leur oeuvre accomplie.

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