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BTP & Infrastructures

Tanger, un avenir en béton armé

Le futur port de Tanger Ville. La ville ambitionne de devenir l'une des destinations de choix pour les grands paquebots de croisière. DR

Le futur port de Tanger Ville. La ville ambitionne de devenir l'une des destinations de choix pour les grands paquebots de croisière. DR ©

Un port à conteneurs parmi les plus grands du monde, une usine Renault, des milliers d’hectares de zones franches… Le deuxième poumon économique du pays ne cesse de s’étendre.

À 50 m de hauteur, le spectacle est saisissant. En face, de l’autre côté de la mer, à une quinzaine de kilomètres à peine, se découpent les montagnes espagnoles, hérissées d’éoliennes, qui enserrent la ville de Tarifa. Plus à l’est, le rocher de Gibraltar émerge de la brume de chaleur qui pèse comme une chape de plomb sur le détroit. Nejjar a beau contempler le paysage chaque jour depuis la nacelle de son portique, il est toujours ébloui. « Quand je vois ça, je suis fier d’être marocain, fier de travailler sur le plus grand port d’Afrique », sourit le grutier avant de reprendre les manettes.

Le palan descend aussitôt fouiller dans les entrailles du monstre de 400 m de long sagement amarré au quai depuis la nuit précédente. Un va-et-vient incessant, répété par cinq autres portiques, pour extraire une partie des 18 000 conteneurs chargés dans les cales du Marstal Maersk, l’un des plus gros navires de commerce jamais mis en service. Derrière s’étendent les vastes terminaux du port Tanger Med, sur lesquels est aligné ce qui ressemble, vu du ciel, à des piles de Lego multicolores.

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Voulu par Mohammed VI dès 2002 et opérationnel cinq ans plus tard, Tanger Med joue dans la cour des grands ports à conteneurs mondiaux. Il a traité 2,5 millions de boîtes en 2013 – seul Durban, en Afrique du Sud, fait mieux aujourd’hui sur le continent. Et avec l’arrivée programmée des deux nouveaux terminaux à l’horizon 2016-2017, pour un investissement de 1 milliard d’euros, ce sont près de 8 millions de conteneurs qui seront bientôt traités chaque année sur les quais tangérois.

Sans oublier le million de véhicules en transit, dont près de la moitié pourrait alors sortir des chaînes de montage de l’usine Renault, inaugurée en 2012 (la première en Afrique) et installée dans l’une des zones franches accolées aux terminaux. « C’est la proximité du port qui a motivé le constructeur français à venir s’installer ici », explique Ali Abjiou, journaliste local. « Et son implantation provoque aujourd’hui l’arrivée de nombreux équipementiers automobiles », renchérit Youssef Imghi, le directeur général de Tanger Med Engineering, filiale de l’Agence spéciale Tanger Méditerranée (TMSA).

De cette dernière, le premier complexe portuaire privé du pays n’est que la vitrine. Suivi de très près par le Palais, TMSA gère aussi plusieurs milliers d’hectares de zones franches entre Tanger et Tétouan. « L’idée de départ était d’attirer les investissements étrangers pour développer la région », précise un exécutif de TMSA, qui peut aujourd’hui revendiquer la présence de près de 500 entreprises et la création de 60 000 emplois. D’autres grandes sociétés semblent prêtes à emboîter le pas à Renault : Coca-Cola va installer une unité d’embouteillage, tandis que l’une des plus grandes aciéries chinoises voudrait fondre sur place les pipelines destinés à l’Afrique.

Nouvelle base pour la Royale

Pour l’instant, cela ne ressemble qu’à une vulgaire digue de béton, coulée à quelques brasses des falaises qui plongent dans la Méditerranée. Mais Abdellatif Loudiyi, ministre de la Défense, l’a promis : « La base navale de Ksar Sghir sera opérationnelle en 2015. »

L’annonce était attendue avec impatience, puisque ces installations flambant neuves serviront de port d’attache à la frégate Mohammed-VI, réceptionnée en janvier 2014 par la marine marocaine. En plus d’abriter le bâtiment de combat le plus grand et le plus puissant du continent africain, la base accueillera les trois corvettes livrées en 2013 par les chantiers néerlandais Damen.

Construite sur 4,5 ha pour 1,7 milliard de dirhams (environ 155 millions d’euros), cette base se situe à proximité du port de Tanger Med. Elle aura pour mission d’assurer la surveillance des côtes nord du pays, ainsi que de contribuer à la sécurité dans le détroit de Gibraltar, emprunté chaque année par plus de 100 000 navires.

Grues

Il suffit d’emprunter l’autoroute tirée sur la cinquantaine de kilomètres qui séparent le port de la ville de Tanger pour mesurer l’ampleur du développement de la région, devenue en moins de dix ans le deuxième poumon économique du pays, juste derrière Casablanca. Délaissée par Hassan II, Tanger est sortie de sa torpeur depuis l’accession au trône de Mohammed VI. À l’ombre du rocher sur lequel repose depuis des siècles la médina, la ville moderne n’en finit pas de s’étendre.

Les grues hérissent même les collines environnantes, quand celles-ci ne sont pas tout simplement arasées pour laisser place à de nouveaux chantiers. Tanger se sent à l’étroit et se construit un avenir en béton armé. « Tout va très vite car l’agglomération n’a pas d’autre choix que de s’agrandir et de moderniser ses infrastructures », assure Abdellatif Brini, de l’Agence urbaine de la ville. Afin d’éviter les dérapages urbanistiques, la wilaya a lancé en 2013 le plan Tanger Métropole.

Doté de 7,6 milliards de dirhams (environ 700 millions d’euros), il prévoit la remise à niveau des équipements publics et surtout leur extension vers les barres d’immeubles sans âme qui repoussent les limites de la ville. Pour répondre aux nouveaux besoins du marché du travail, l’agglomération a vu sa population doubler en quinze ans, dépassant aujourd’hui le million d’habitants. « La main-d’oeuvre étant limitée dans les environs, il a fallu aller recruter dans le reste du pays », reprend Ali Abjiou.

D’abord en faisant descendre les Rifains de leurs montagnes, puis en allant chercher des bras « jusqu’à Marrakech ». Ce qui n’est pas toujours du goût des Tangérois. À l’heure de la mondialisation, l’ancienne zone internationale accepte mal cet afflux d’ »étrangers », et nombreux sont ceux qui « voudraient retracer la frontière en pointillés de l’époque des protectorats », soupire une expatriée établie depuis dix ans dans la ville.

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