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Cet article est issu du dossier «Maroc : l'appel du large»

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Tourisme

Quand Dakhla s’éveillera…

La ville de Dakhla compte 80 000 habitants. © YotuT/Flickr

Son littoral est poissonneux, son sol fertile et son potentiel touristique avéré. La cité saharienne ne manque pas de ressources. Mais avant de pouvoir les exploiter, tout reste à faire.

Dakhla occupe une place privilégiée dans le sud du Maroc. Située le long d’une baie aussi spectaculaire que propice aux opportunités économiques, la ville se rêve en pôle de développement incontournable de la région Oued Eddahab-Lagouira (Sahara occidental), dont elle est le chef-lieu. Elle compte pour cela de nombreux atouts, la plupart restant à valoriser. À commencer par la mer : près de 670 km de littoral, et les deux tiers du potentiel national de pêche, soit 6 millions de tonnes de petits pélagiques (sardines, maquereaux, anchois…).

Une véritable mine d’or pour cette région excentrée, même si tout reste à faire. Faute de structures adaptées, seules 25 % des richesses halieutiques disponibles sont capturées. Une zone portuaire de 27 hectares, Essalam, inaugurée en 2011, a permis l’arrivée d’activités intégrées dans le secteur, mais sans rapport avec les potentialités de la région. Une autre zone industrielle, prévue sur 300 ha et tournée vers la valorisation et la transformation des prises, est au point mort en raison d’un manque d’incitation aux investissements.

Cap sur l’atlantique

Pour Dakhla, l’équation est simple : pas de développement économique sans la création d’un nouveau port. Entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne, à une brassée du hub maritimo-touristique de Las Palmas, la ville est persuadée d’avoir un rôle à jouer dans la pêche comme dans le commerce.

Les autorités marocaines viennent de lancer un appel d’offres pour les études de faisabilité du futur port, baptisé Dakhla Atlantique – un projet présenté dès 2007 dans le cadre de la stratégie portuaire pour 2030.

Ce terminal en eau profonde aura vocation à servir de plateforme logistique sous-régionale, en expédiant les produits de la pêche dans un sens pour mieux recevoir et distribuer les biens de consommation et d’équipement dans l’autre. Il sera construit à une soixantaine de kilomètres au nord de la ville.

L’état des infrastructures ainsi que l’ensablement de la baie condamnent le port existant à trouver de nouvelles activités, comme la plaisance. Histoire de détourner quelques touristes des îles Canaries.

Rattraper le retard

Les autorités locales, qui comptent bien rattraper leur retard, ont lancé en juillet un appel à manifestation d’intérêt pour six projets de valorisation des petits pélagiques. « L’objectif est de pouvoir exploiter 150 000 tonnes de poissons supplémentaires chaque année en augmentant les capacités de transformation installées aux alentours », précise Amina Figuigui, directrice générale de l’Office national des pêches (ONP).

En attendant de multiplier les prises en mer, Dakhla peut tracer son sillon sur terre. Bien qu’installée en région désertique, cette ville de 80 000 habitants jouit en effet d’un climat doux et d’un sol fertile. De quoi faire fructifier un certain nombre d’activités agricoles, notamment la production de tomates, pour laquelle la région présente les meilleurs rendements de tout le pays.

Mais là aussi, Dakhla est loin de tirer profit de ses atouts : sur le million d’hectares exploitables, moins de 600 sont actuellement utilisés. Dans le cadre du plan Maroc vert, qui prévoit d’investir 712 millions de dirhams (près de 64 millions d’euros) dans le développement agricole de la région, plusieurs projets ont été amorcés aussi bien dans la culture que dans l’élevage, l’objectif étant de créer quelque 18 000 emplois supplémentaires dans la filière agricole d’ici à 2020.

Glisse

Mais s’il y a un secteur économique dont la région est loin d’avoir tiré parti, c’est bien le tourisme. Son potentiel est pourtant jugé « exceptionnel » par les spécialistes. Dakhla n’a pas volé son surnom de « ville du vent ». La cité fait déjà partie des destinations internationales les plus recherchées par les amateurs de windsurf et surtout de kitesurf – elle accueille même chaque année une étape du championnat du monde de ce sport de glisse.

Entre sa source thermale réputée et ses événements culturels (son Festival international cinématographique, par exemple), Dakhla a bien d’autres arguments touristiques à faire valoir. Les infrastructures d’hébergement y restent pourtant inexistantes. La ville ne dispose que de trois hôtels, de quelques maisons d’hôtes et d’un village touristique, le Dakhla Attitude, soit 800 lits au total.

>>>> Lire aussi : Dakhla a le vent en poupe

Lancé en 2013, un projet d’eco-resort devrait permettre de combler le manque. Un protocole d’accord a été signé entre les autorités marocaines et l’émirati Al Shafi Investment Group pour la réalisation, à l’horizon 2017, de ce projet estimé à 1 milliard de dirhams.

Selon les objectifs de la stratégie touristique mise en place par le Maroc pour 2020, la région devrait être en mesure d’accueillir à cette date 114 000 touristes par an. « Une vingtaine de projets sont actuellement programmés pour densifier notre offre, et nous comptons également proposer à moyen terme treize liaisons aériennes hebdomadaires avec les principaux marchés européens émetteurs », indique Imad Barrakad, président du directoire de la Société marocaine d’ingénierie touristique.

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