Politique

Sénégal : Viviane Wade, jamais sans mon fils

Viviane Wade à Dakar en février 2012. © Émilie RÉGNIER pour Jeune Afrique

Pas un jour sans que Viviane Wade n’assiste à l’audience. Depuis le 31 juillet, l’ex-première dame a pris ses quartiers au tribunal de Dakar, où son aîné Karim est jugé pour enrichissement illicite.

Du lundi au jeudi, une vingtaine de minutes avant 10 heures, elle fait son entrée dans la salle numéro 4 du palais de justice de Dakar, toujours suivie d’un imposant garde du corps. Au premier rang, juste derrière le banc des avocats de la défense, sa place est réservée. Elle ne le doit pas seulement au protocole, elle qui fut la première dame du Sénégal de 2000 à 2012 : devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), Viviane Wade, 82 ans, est avant tout la mère du principal accusé, l’ancien ministre Karim Meïssa Wade, dont le procès s’annonce comme une odyssée judiciaire dont nul ne saurait prédire la durée.

En deux mois, elle n’a jamais fait défaut. De 10 heures à 13 heures puis de 15 heures à 18 heures, elle a suivi avec abnégation l’interminable débat sur les exceptions d’incompétence ou de procédure et n’a pas perdu une miette des auditions marathons – parfois cinq jours d’affilée – des autres prévenus. À la pause, elle déjeune d’un sandwich dans la salle d’audience, précise-t-elle à Jeune Afrique dans le salon d’une villa cossue du quartier de Fann-Résidence que Madické Niang, un ami et ancien ministre, a mise à sa disposition.

"Je mange au tribunal pour deux raisons, explique-t-elle. La première, c’est que Karim, lui aussi, se contente d’un sandwich, qu’il mange dans la cave du palais de justice. La seconde, c’est qu’il y a des personnes qui viennent de loin pour le soutenir et qui n’ont pas la possibilité d’aller au restaurant. C’est aussi pour elles que je reste là." C’est pour elles encore que, le 1er septembre, elle a fait livrer un gâteau jusque dans la salle d’audience pour célébrer les 46 ans de son fils.

"Combatif, lucide et déterminé"

Lorsque le sort de Karim Wade a basculé, le 15 avril 2013, elle se trouvait à Versailles avec l’ancien président. "À l’époque, je n’imaginais pas qu’il serait placé en détention. Les tracasseries au moment d’une succession politique, ça arrive un peu partout. Je ne me doutais pas que cette affaire prendrait une telle dimension." En juin de l’année suivante, après plus d’un an d’absence, Viviane Wade est de retour à Dakar et se rend à la prison de Rebeuss : "J’ai retrouvé mon Karim, qui m’a semblé combatif, lucide et déterminé. Je n’ai pas eu peur qu’il soit détruit par la prison ; il a toujours été très fort de caractère et il n’a rien à se reprocher."

L’ex-première dame occupe le terrain pour deux.

Elle effectue d’abord des allers-retours entre Paris, où vivent ses trois petites-filles (orphelines de leur mère depuis 2009 et qui n’ont plus revu leur père depuis octobre 2012), et Dakar, où elle rend visite chaque semaine à son fils, confiante dans le fait qu’il sera remis en liberté au terme du délai de six mois prévu par la loi pour boucler l’instruction. Mais en octobre 2013, une seconde mise en demeure vaut à Karim Wade un prolongement de sa détention provisoire. "C’est à ce moment-là que j’ai réellement pris conscience que c’était une procédure politique, témoigne-t-elle. Quand il était opposant, mon mari a connu des procès, il a même été mis prison, mais bien moins longtemps que Karim."

Abdoulaye Wade, lui, observe jusqu’ici une discrétion qui contraste avec son tempérament fougueux. Depuis son retour au Sénégal, en avril 2014, l’ancien président ne s’est pas rendu à Rebeuss et a préféré snober les audiences de la CREI. "Le président a beaucoup contribué, en tant qu’avocat, à l’évolution de la jurisprudence et à la promotion de l’État de droit au Sénégal, explique Viviane Wade. À ses yeux, assister aux audiences reviendrait à avaliser cette juridiction d’exception, où la charge de la preuve est inversée et où il n’existe pas de voie de recours. C’est impensable." Alors l’ex-première dame occupe le terrain pour deux. "Quelle que soit la durée du procès, je continuerai d’assister à chaque audience."

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Mehdi Ba, à Dakar

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