Politique

Centrafrique : manifestations et violences, cinq morts à Bangui

Mis à jour le 8 octobre 2014 à 13:23

De violentes manifestations et des pillages ont eu lieu mercredi matin à Bangui alors qu’une partie des anti-balaka demande la démission de la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza.

Mis à jour à 17 heures 20

Détonations, manifestations et pillages… Bangui sent le soufre ce mercredi 8 octobre. En début de matinée, des détonations d’armes lourdes ont été signalées dans plusieurs quartiers de la capitale centrafricaine, PK4 et PK5.

Dans le même temps, une manifestation hostile était organisée devant le siège de la Minusca (Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations unies en République centrafricaine). Des jeunes musulmans, certains armés, souhaitant dénoncer le lynchage de l’un des leurs mardi dans le quartier de Gobongo (4e arrondissement) ont pillé et détruit les commerces avoisinants. La Minusca est intervenue, dispersant la foule à coup de gaz lacrymogènes.

Selon un officier de la force des Nations Unies cité par l’AFP, "un sujet musulman conducteur d’une moto a attaqué cette nuit (…) des individus se trouvant au bord de la voie par des jets de grenade qui ont fait plusieurs blessés. Il a été poursuivi, attrapé et tué par des hommes non encore identifiés".

Bangui est depuis ce matin paralysée, situation aggravée par la grève menée par les conducteurs de taxis à la suite de l’assassinat de l’un d’entre eux. "La corporation est durement touchée par l’assassinat de notre collègue. (…) L’arrêt de travail est immédiat. Les autorités de la transition doivent prendre leurs responsabilités pour arrêter et juger les auteurs de ces crimes qui se perpétuent", a déclaré le secrétaire général du syndicat des conducteurs des taxis et bus, René Pierre Sokambi Kandja.

Ces heurts ont fait au moins cinq morts : le motard, le conducteur du taxi et trois personnes dont les corps ont été retrouvés dans la rue tôt mercredi matin.

Contexte politique tendu

Ces tensions interviennent dans un contexte politique particulièrement brûlant. Lundi, le leader d’une des deux franges des anti-balaka, Pierre-Éduard Ngaissona, a publié un communiqué appelant à la démission de Catherine Samba-Panza et donnant 48 heures aux ministres affiliés à sa milice pour quitter le gouvernement. Ces derniers devraient déposer leur démission aujourd’hui.

>> Lire aussi : Samba-Panza, dos Santos et les 10 millions de dollars

Rentrée la semaine dernière des États-Unis, la présidente de la transition se trouve placée dans une situation délicate. Elle s’est exprimée mardi devant les membres du Conseil national de transition, revenant notamment sur la gestion des fonds donnés par l’Angola.

"Cet argent a été utilisé pour assurer la sécurité du pays et la défense de la politique du chef de l’État, comme dans tous les pays du monde, a-t-elle déclaré. Le moment venu, je donnerai les éléments de réponse. Beaucoup seront surpris de la longue liste des bénéficiaires, dont ceux qui crient aujourd’hui au voleur, a assuré mardi la présidente, qui a déjà nié toute malversation dans cette affaire."

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Par Vincent DUHEM