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Cet article est issu du dossier «Technologies : les promesses de la m-santé»

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Économie

Dossier : la m-santé tiendra-t-elle ses promesses en Afrique ?

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Mis à jour le 19 mars 2015 à 17h54
41 cas de choléra ont été confirmés en Algérie le 23 août (photo d'illustration).

41 cas de choléra ont été confirmés en Algérie le 23 août (photo d'illustration). © Vincent Fournier/J.A.

Prévention des épidémies, lutte anticontrefaçon, suivi des patients… Les services spécialisés sur mobile se multiplient. Mais leur défaut de modèle économique freine encore leur progression.

Si le Nigeria a réussi à endiguer Ebola, du moins jusqu’à présent, c’est en partie grâce aux télécoms. Un décret présidentiel a autorisé la surveillance des appels et des SMS afin de localiser et de suivre médicalement les utilisateurs potentiellement contaminés et leurs contacts. L’application américaine eHealth a par ailleurs permis de recenser les cas avérés et de transmettre les données collectées au ministère de la Santé.

Sur fond de pénurie de personnel et d’infrastructures médicales, ce n’est pas un hasard si l’Afrique concentre le plus de projets de m-santé au monde.

Au-delà de cette illustration d’actualité, voilà une dizaine d’années que le potentiel de la m-santé croît à mesure que se développe le marché de la téléphonie mobile – environ 70 % de la population possède un portable.

Sur fond de pénurie de personnel et d’infrastructures médicales, ce n’est pas un hasard si l’Afrique concentre le plus de projets de m-santé au monde. Un foisonnement éclectique, ciblant patients comme professionnels et se positionnant aussi bien sur la prévention, le diagnostic et l’observance que sur la formation voire la microassurance (depuis janvier, Safaricom propose par exemple une assurance santé aux Kényans dépourvus de couverture maladie).

>>>> Des smartphones pour sauver des vies en Afrique

« En matière de m-santé, les marchés émergents et en développement sont en avance sur les pays industrialisés. C’est souvent pour eux le seul moyen d’accéder à un service ou à une information, faute de personnels et d’infrastructures suffisants, analyse Florence Gaudry-Perkins, directrice des affaires internationales chez Alcatel-Lucent. En juin 2013, un millier d’initiatives de m-santé ont été recensées dans le monde, dont 363 en Afrique, selon GSM Association (GSMA). » Et les exemples emblématiques ne manquent pas, à commencer par Masiluleke, lancé en Afrique du Sud en 2008 pour lutter contre le VIH, via l’envoi massif de SMS « qui ont entraîné 1,5 million d’appels à la ligne d’assistance téléphonique nationale », indique Florence Gaudry-Perkins.m sante JA2815p097 info

Autre réussite significative, le projet ghanéen mPedigree permet aux utilisateurs de vérifier que leurs médicaments ne sont pas contrefaits, grâce à un code à envoyer gratuitement par SMS. En Tanzanie, le gouvernement suit en temps réel le nombre de tests antipaludéens disponibles dans les centres de santé primaire via l’application SMS for Life. Autant de services simples qui ont prouvé leur efficacité et essaimé.

Bémol

Avec un bémol de taille : la plupart sont des initiatives pilotes et peinent à trouver un modèle économique car elles se heurtent au problème du financement, comme le souligne Thierry Zylberberg, directeur d’Orange Healthcare. En mars, la division santé de l’opérateur a lancé au Cameroun My Healthline, un service offrant des conseils personnalisés sur la contraception, le VIH, la sexualité et les infections sexuellement transmissibles. Envoyée par SMS (0,25 euro), la question est ensuite transmise anonymement à un service médical, dont la réponse est acheminée dans l’heure par l’opérateur. « Nous disposons d’un véritable modèle économique, note Thierry Zylberberg. Ce qui est loin d’être le cas pour la plupart des services expérimentés sur le continent. »

Le pari réussi d’e-Diabète

« Au départ, ça faisait un peu ciné-club », plaisante Line Kleinebreil, vice-présidente de l’Université numérique francophone mondiale (UNFM).

Cinq ans après la première session d’e-diabète, l’instigatrice de cette opération peut se frotter les mains : quelque 50 000 professionnels de santé y ont pris part gratuitement.

Le programme de formation continue, qui cible généralistes, infirmiers et internes, a démarré en septembre 2009 grâce au partenariat noué entre l’UNFM et le Réseau en Afrique francophone pour la télémédecine (Raft).

Depuis, chaque deuxième jeudi du mois, une cinquantaine d’établissements se connectent simultanément dans toute l’Afrique subsaharienne francophone. Et c’est parti pour une session interactive d’une heure dirigée à distance par un diabétologue africain bénévole. Le cours, qui se prolonge par une discussion avec l’animateur local, peut être réécouté en ligne gratuitement.

« En cinq ans, le partenariat UNFM-Raft a acquis une vraie notoriété. Chaque mois, 1 500 à 2 000 professionnels y assistent et obtiennent une attestation. Et ils sont de plus en plus nombreux à se reconnecter après la session collective.  »

La clé du succès ?  » Un logiciel suisse se contentant du bas débit, une réunion en équipe et la possibilité de suivre le cours en différé. »

Après avoir étendu cette initiative à la pédiatrie en 2012 (30 000 professionnels sensibilisés), l’UNFM travaille à la mise en place d’un programme consacré à Ebola.

Et pourtant… Lentement mais sûrement, la santé mobile se structure. « Depuis 2010, on y va. On est dos au mur, on n’a pas le choix », résume Line Kleinebreil, vice-présidente de l’Université numérique francophone mondiale (UNFM). Une dynamique encouragée par la création il y a quatre ans de la mHealth Alliance, sous l’impulsion de la Fondation des Nations unies, de la Fondation Vodafone et de la Fondation Rockefeller.

« L’idée est d’inciter les États à recourir aux technologies mobiles pour récolter des données sur l’état sanitaire de la population », poursuit-elle. Un mouvement conforté par le lancement, sous l’égide de l’Union internationale des télécommunications (UIT) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), du programme mondial Be Healthy, Be Mobile, en 2012, focalisé sur les maladies non transmissibles (MNT) telles que le diabète, le cancer et les pathologies cardio-vasculaires, afin d’agréger les meilleures pratiques. Il compte huit pays cibles, dont le Sénégal, Maurice et la Tunisie.

>>> La Côte d’Ivoire fait le pari de l’e-santé

Ramadan

Dans le cadre de ce partenariat, un ambitieux projet sur le diabète a démarré au Sénégal en novembre, après une phase pilote menée lors du ramadan. « Il s’agit d’envoyer des messages à la population pour la sensibiliser à la prévention du diabète, aux diabétiques pour leur apprendre à gérer leur maladie, et aux professionnels pour améliorer le dépistage et la prise en charge », explique Marie Ka-Cissé, chef de la division MNT au ministère de la Santé sénégalais.

En septembre, la Pan-African mHealth Initiative de la GSM Association a complété le dispositif au niveau de la nutrition des mères et de leurs enfants. S’il note une structuration de l’offre, Thierry Zylberberg demeure sceptique quant aux retombées de ces programmes institutionnels : « Nous n’avons pas encore observé d’application pratique de ces protocoles sur le terrain. » Pour Line Kleinebreil, ce constat est révélateur des difficultés à faire dialoguer les professionnels de santé et les opérateurs. Selon la vice-présidente de l’UNFM, ces derniers participent plus volontiers lorsqu’ils ont l’exclusivité, car ils peuvent utiliser le projet à des fins marketing pour se différencier de leurs concurrents.

Priorité

Pour que la m-santé décolle, beaucoup doit encore être accompli en matière d’interopérabilité. « C’est un univers très fragmenté, il y a tout un travail intersectoriel à réaliser pour rapprocher les parties prenantes, créer des partenariats », estime Florence Gaudry-Perkins.

Avant de pouvoir véritablement parler de révolution, « reste aussi à rassembler davantage de preuves cliniques de l’efficacité des services proposés pour dépasser les statistiques sur le nombre d’appels, poursuit-elle. L’OMS et les ministères de la Santé veulent des évaluations plus approfondies, faute de quoi il sera difficile de convaincre les partenaires qu’il s’agit d’une priorité pour l’investissement ».

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