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Cet article est issu du dossier «Maroc : l'appel du large»

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Économie

Maroc : au-delà des remparts

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Mis à jour le 18 mars 2015 à 18h40

Par  Nadia Lamlili

Nadia Lamlili est responsable de la zone Maghreb/Moyen-Orient sur le site de Jeune Afrique. Elle est en particulier spécialiste du Maroc.

(@nadialamlili)

Certains jeunes décident de quitter le Maroc pour des raisons économiques mais aussi pour s'émanciper.

Certains jeunes décident de quitter le Maroc pour des raisons économiques mais aussi pour s'émanciper. © Flickr/CC/bourget_82

An 711, côte nord du Maroc. Tariq Ibn Ziyad prend la mer en compagnie de quelque 10 000 guerriers pour conquérir l’Espagne.

Arrivé au rocher vert auquel il donnera son nom – Gibraltar vient de l’arabe djebel Tariq -, il lui faut, face aux redoutables Wisigoths, galvaniser ses troupes fatiguées par le voyage. Il fait brûler les bateaux, éliminant toute tentative de marche arrière : « La mer est derrière vous et l’ennemi devant », dit-il aux soldats. Ceux-ci foncent alors droit devant, décrochent la victoire et établissent en Andalousie un État musulman qui durera huit siècles…

Historiquement, l’image de la mer au Maroc est associée à la guerre, aux corsaires et aux conquistadors portugais et espagnols venus via l’océan Atlantique s’emparer de villes côtières et les entourer de remparts. Beaucoup plus perçue comme une source de danger que de richesse, la mer a fini par entrer dans l’oubli. Les Marocains lui ont tourné le dos et se sont protégés dans leurs médinas, reclus dans des maisons avec des espaces intérieurs confortables et vivants, loin des rivages froids et déserts. Or qui tourne le dos à la mer tourne le dos au monde. Au fil de l’Histoire, le littoral a été négligé par les plans de développement – mis à part pour la pêche. Jusqu’aux années 1980, toute l’activité des villes se faisait au centre, tandis que les côtes étaient laissées à l’état vierge.

La construction de la mosquée Hassan-II sur le bord de mer, à Casablanca, a provoqué un déclic.

Il fallait réconcilier culturellement les Marocains avec leur littoral en misant sur des projets moteurs. En 1986, l’annonce de la construction de la mosquée Hassan-II sur le bord de mer rappelle aux Casablancais qu’ils ont une côte qui ne demande qu’à être considérée. Pour attirer les 500 millions de dollars que nécessite son projet, le roi choisit comme devise un verset coranique représentant l’idée du miracle : « Le trône de Dieu était sur les eaux. » Une mosquée construite sur les eaux, quoi de plus convaincant pour délier les bourses des Marocains !

Cette mosquée a provoqué un déclic. À la fin des années 1990 est mise en oeuvre une grande politique de réaménagement des corniches, dont l’objectif est de créer un lien culturel et économique fort avec les centres-villes. Casablanca, Rabat, Agadir, Tanger… Les principales villes du royaume changent de visage, avec des résidences en bord de mer, des marinas et des centres commerciaux. Pour certaines, leurs côtes deviennent de véritables pôles économiques et logistiques ; c’est le cas de Tanger, qui a pris un essor phénoménal depuis la construction du port Tanger Med.

La réconciliation des territoires se poursuit aujourd’hui avec la nouvelle politique menée par l’Agence nationale des ports, soucieuse de créer des plateformes logistiques reliées aux villes et à l’international. Parallèlement, des stations balnéaires sont aménagées, des licences pétrolières offshore sont octroyées. La mer est de moins en moins synonyme de menace, mais l’emballement excessif sur les projets immobiliers est en train de bétonner les côtes, reproduisant les dérives observées dans le sud de l’Espagne. De Tanger à Tétouan, les dégâts de la juxtaposition d’espaces individuels et collectifs, sans harmonie aucune, sont déjà visibles. Un urbanisme à outrance qui pourrait endommager durablement cette mer avec laquelle le Maroc veut se réconcilier.

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