Politique

Afrique du Sud : la juge annoncera la peine de Pistorius le 21 octobre

La juge en charge du procès d’Oscar Pistorius a annoncé vendredi qu’elle rendrait sa sentence le mardi 21 octobre. Le parquet a demandé une peine de 10 ans de prison minimum à l’encontre de l’athlète accusé du meurtre de sa petite amie.

Par
Mis à jour le 17 octobre 2014 à 13:25

Oscar Pistorius connaitra sa sentence mardi 21 octobre à 9h30 heure locale. La juge Thokozile Masipa, qui préside le tribunal, en a fait l’annonce vendredi, après que le procureur ait requis une peine de 10 ans de prison minimum. La défense du champion handisport, coupable de l’homicide involontaire de sa petite amie Reeva Steenkamp en 2013, avait elle réclamé une peine de travail d’intérêt général.

Dans ce procès-fleuve, qui dure depuis plus de sept mois et qui a attiré à Pretoria les médias du monde entier, le procureur Gerrie Nel et l’avocat Barry Roux, deux ténors de la justice sud-africaine, se sont livrés à une ultime passe d’armes. "La peine minimum qui serait satisfaisante pour la société est de dix ans de prison", a lancé Gerrie Nel en conclusion de son réquisitoire. Avant lui, Barry Roux avait demandé "une peine utile à la société", excluant la prison, pour l’ex-champion paralympique de 27 ans, qui a abattu son amie Reeva Steenkamp de quatre balles en février 2013, en croyant tirer sur un cambrioleur.

La douleur de la famille Steenkamp

Après avoir dénoncé "la suggestion choquante et inappropriée" d’une peine de substitution, le procureur a martelé : "La punition doit refléter le caractère sacré de la vie humaine (…) Reeva a eu une mort horrible, elle était innocente". Au long de son réquisitoire, il a mis l’accent sur la douleur des parents de Reeva Steenkamp, laissant entendre que la famille serait choquée si Pistorius n’allait pas en prison. Puis il est revenu sur les circonstances de la tragédie, martelant : "Pistorius a tiré en sachant que quelqu’un se trouvait là", derrière la porte des toilettes, alors qu’il n’avait en rien été menacé.

Gerrie Nel répondait à la longue plaidoirie de l’avocat Barry Roux, qui pendant une heure et demie a tenté de convaincre que la prison n’était pas la bonne solution pour son client. Il a d’abord avancé que Pistorius avait subi une terrible épreuve en étant présenté par la presse du monde entier comme un meurtrier de sang froid et une tête brûlée. "Aucune punition ne peut être pire que ce qu’il a traversé depuis 18 mois, a-t-il dit. On l’a dénigré au point de faire de lui un tueur fou, un tueur de sang froid, et un tas de choses horribles". La justice a finalement accepté la version de l’accident, et admis que Pistorius avait tiré en croyant qu’un cambrioleur était caché dans ses toilettes.

"Remords sincères"

Me Roux a beaucoup insisté sur les "remords sincères" de l’accusé, qui a tué "une personne qu’il aimait". "La douleur d’Oscar ne s’effacera jamais (…) le traumatisme émotionnel est la pire punition", a-t-il martelé, tout en soulignant que l’ancien champion avait "tout perdu" et était actuellement à cours d’argent.

Pistorius a pleuré abondamment lorsque Barry Roux a décrit sa chute du statut d’idole sportive à celle de meurtrier. Puis l’avocat a rappelé plusieurs cas de la jurisprudence sud-africaine. Il a notamment fait allusion au célèbre cas de Rudi Visagie, ancien rugbyman international, qui avait tué sa propre fille en 2004 en la prenant pour un cambrioleur, et qui a été dispensé de peine.

"Ubuntu, compassion et humanité"

"La justice doit être rendue, mais elle doit être rendue avec compassion et humanité", a plaidé l’avocat, citant à plusieurs reprise le principe d’"Ubuntu", un humanisme attentif à l’être humain cher à Nelson Mandela, devenu une valeur de base de la société sud-africaine post-apartheid.

Il a aussi insisté sur le handicap de son client. Selon lui, le placer dans la section médicale de la prison centrale de Pretoria, comme cela a été envisagé, "ne serait pas une punition appropriée". Ce à quoi le procureur a rétorqué qu’Oscar Pistorius, pendant sa carrière sportive, avait toujours voulu être considéré comme un homme comme les autres. "Il met en avant son handicap quand ça l’arrange", a raillé Gerrie Nel.

Dans un dernier rebondissement, l’avocat a affirmé que Pistorius refuserait que les parents de Reeva Steenkamp lui rendent l’argent qu’il leur a avancé, comme c’était prévu. "S’ils ne veulent pas garder l’argent, M. Pistorius souhaite que cet argent soit versé à une oeuvre caritative", a-t-il dit, dans une ultime tentative pour brosser le portrait d’un Pistorius écrasé par le remords et avide de rédemption.

(Avec AFP)