Politique

RDC : opération « villes mortes » dans les grandes agglomérations du Nord-Kivu

Une opération « villes mortes » a été organisée mardi dans la plupart des grandes agglomérations du Nord-Kivu (est de la RDC) pour protester contre l’insécurité après une série de massacres commis par des rebelles ougandais de l’ADF-Nalu.

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Mis à jour le 21 octobre 2014 à 09:52

Un officier des Forces armées de RDC le 18 janvier 2014 près de Kokola, à 50 km de Beni. © AFP

L’opération "villes mortes" a été suivie dans plusieurs des grandes agglomérations du Nord-Kivu comme Goma, Butembo (200 km au nord de Goma), et Beni (50 km au nord de Butembo).

Répondant à l’appel de la Société civile du Nord-Kivu, ONG basée à Beni, la quasi-totalité des boutiques situées sur les grandes artères de cette importante place commerciale de 500 000 habitants, sont restées fermées. À l’exception des pharmacies de garde, quelques commerçants avaient décidé d’enfreindre les consignes de fermeture, justifiant leur décision par le besoin de gagner un peu d’argent, après plusieurs jours d’inactivité liée aux derniers "événements".

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"Si je suis ouverte", a indiqué Godelive Kamasita, propriétaire d’une boutique de biens de première nécessité, "c’est parce je n’ai plus rien à donner à mes enfants". "Cette opération est nécessaire pour que les autorités civiles et militaires sentent que la population" n’en peut plus, a déclaré pour sa part Ambroise Kakule, étudiant de 22 ans.

Deux des trois universités de Beni, où le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej, est arrivé dimanche, étaient fermées, et on ne voyait aucun "bleu-blanc", ainsi que l’on surnomme les uniformes des écoliers et lycéens.

Dans la capitale provinciale, le mot d’ordre des organisateurs de l’opération "villes mortes" a été bien suivi, selon un journaliste local. Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur Goma ont joué en leur faveur.

Dans la soirée, l’un des instigateurs de ces manifestations de mécontentement populaire, l’avocat Jean-Paul Lumbulumbu, membre d’un parti d’opposition a été arrêté à Goma, la capitale de la province par des hommes de l’Agence nationale du renseignement (ANR), a-t-on appris auprès de sa femme.

Le territoire de Beni a été ensanglanté par une succession de massacres commis par les rebelles de l’ADF-Nalu (Forces démocratiques alliées – Armée de libération de l’Ouganda), dans lesquels ont péri environ 80 civils en moins de quinze jours, dont 30 à Beni même, dans la nuit du 15 au 16 octobre.

Craintes

Le 16 octobre, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) a fait part de sa préoccupation face à "une inquiétante détérioration de la situation sécuritaire provoquée par des groupes armés" dans la province.

Les craintes de la population sont renforcées par le fait que plus de 300 détenus environ se sont évadés samedi soir de la prison de Butembo. Selon la police, 67 d’entre eux avaient été repris lundi soir. À Butembo, deux témoins ont indiqué que plusieurs dizaines d’élèves avaient manifesté en criant des slogans hostiles aux ADF.

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Les dernières attaques de l’ADF ont entraîné de nouveaux déplacements massifs de population vers la Province-Orientale voisine. "Nous estimons qu’environ 30 000 personnes ont été déplacées récemment vers ou à l’intérieur de la Province-Orientale" dans les territoires d’Irumu et Mambasa, près de la frontière avec le Nord-Kivu, a déclaré Maurizio Giuliano, chef d’OCHA pour la Province-Orientale.

Ces deux territoires étant "déjà fragilisés par les conflits et la violence", a ajouté Maurizio Giuliano, "nous sommes très inquiets pour [la] sécurité" des personnes déplacées, qui "ont véritablement des besoins importants", notamment en nourriture et en eau potable, auquel il va falloir répondre "aussi vite que possible".

(Avec AFP)