Politique

France : Patrick Balkany rattrapé par ses pratiques douteuses en Afrique

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Patrick Balkany, sur les bancs de l'Assemblée nationale française, le 17 septembre 2014.

Patrick Balkany, sur les bancs de l'Assemblée nationale française, le 17 septembre 2014. © AFP

Patrick Balkany, député et maire de Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été mis en examen, mardi, pour « blanchiment de fraude fiscale », « corruption » et « blanchiment de corruption ». Dans le viseur de la justice française : ses activités suspectes en Afrique entre 2007 et 2012.

De Kinshasa à Bangui en passant par Nouackchott, le nom de Patrick Balkany n’est pas le moins connu des capitales africaines. Le député et maire de Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été mis en examen, mardi 21 octobre, pour "blanchiment de fraude fiscal", "corruption" et "blanchiment de corruption".

Les juges d’instruction français Renaud Van Ruymbeke et Patricia Simon disposent de documents précis pointant la responsabilité de ce très proche de Nicolas Sarkozy dans l’organisation d’un système d’évasion fiscale, qui passe par l’Afrique. Les juges français soupçonnent également Patrick Balkany et sa femme Isabelle d’être les propriétaires d’une villa non déclarée à Marrackech.

Le témoignage principal ayant permis aux enquêteurs de reconstituer un "schéma sophistiqué de fraude" figure celui d’un homme également très présent en Afrique : l’industriel belge, surnommé le vice-roi du Katanga, Georges Forrest, dont l’empire minier est installé en République démocratique du Congo (RDC) depuis les années 1970.

"On a arrondi à 5 millions de dollars"

Le quotidien français Le Monde publie un extrait de son témoignage figurant dans des notes datées des 2 mai, 9 juillet et 27 septembre, émanant de Tracfin, l’organisme anti-blanchiment du ministère français de l’Économie. Ce dernier évoque les activités suspectes de Balkany en Afrique entre 2007 et 2012.

"En septembre 2008, [M. Balkany] m’a appelé en me disant qu’il avait une affaire intéressante à m’apporter. Comme il voyait que je voulais investir dans l’uranium, il nous a apporté une affaire Forsys Metals corporation en Namibie, explique notamment Forrest.  M. Balkany a obtenu de ce gouvernement qu’il ne s’oppose pas à la transaction. J’ai racheté Forsys pour 500 millions de dollars [environ 390 millions d’euros]. Comme M. Balkany m’avait apporté l’affaire et que tout commissionnaire reçoit une commission, j’ai négocié avec M. Balkany à 1 %. On a arrondi à 5 millions de dollars."

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Les révélations de Forrest évoquent également la signature mouvementée en 2009 du contrat d’exploitation de la mine de Bakouma en Centrafrique, entre Areva et les autorités locales, dossier dans lequel les deux hommes, qui entretiennent à l’époque des relations privilégiés, ont joué le rôle de facilitateur pour le géant français. "J’ai reçu une invitation à déjeuner à la mairie de Levallois par M. Balkany (…) M. Balkany connaissait bien François Bozizé, c’est du moins ce qu’il disait. Il voulait savoir comment le dossier évoluait", explique l’industriel belge.

Le député de Levallois-Perret qui se rend à Bangui en avril 2008, expliquera plus tard avoir fait "en sorte que les deux parties [Areva et le gouvernement centrafricain] puissent se rencontrer et parler".

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Balkany joue alors de sa proximité avec Nicolas Sarkozy pour s’immiscer dans les affaires africaines. La présence de cet électron libre un peu sulfureux doté d’un carnet d’adresses fort utile aux entreprises françaises sur le continent agace les relais officiels de la France sur le continent, tel que Bruno Joubert, le "M. Afrique" de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2009. Forrest l’explique ainsi aux enquêteurs : "[Bruno Joubert] me disait catégoriquement qu’il ne fallait pas que M. Balkany se mêle de cette affaire [celle d’Areva]. On ne pouvait pas empêcher la présence de Renaud Guillot-Corail [conseiller de M. Balkany], M. Joubert était furieux."

Car les voyages en Afrique de Balkany mêlent souvent intérêts publics et privés. En juin 2009, quelques jours avant l’élection présidentielle, il se rend par exemple à Nouakchott pour une raison inconnue à bord ‘un avion Challenger Bombardier 550. Avec lui : le lobbyste tunisien Lyès Ben Chédli (très actif au côté du président français dans la promotion de l’Union pour la Méditerranée) et des représentants du groupe indien Arcellor Mital, numéro un mondial de l’acier. Chédli avait conclu un mémorandum d’entente avec la Société nationale industrielle et minière, fleuron de l’industrie mauritanienne, en 2007…

Mais, dans la capitale mauritanienne, Balkany rencontre en tête à tête et pendant plus d’une heure le général Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir un an plus tôt après un coup d’État. Et toujours en place.

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Par Vincent DUHEM

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