Société

Ebola : « Je suis un Libérien, pas un virus », la campagne qui veut vaincre la stigmatisation

#IamALiberianNotAVirus (comprenez : « Je suis un Libérien, pas un virus »). C’est la nouvelle campagne qui anime les réseaux sociaux américains pour lutter contre la stigmatisation des personnes originaires du Liberia.

Mis à jour le 22 octobre 2014 à 15:57

Photos publiées sur Twitter avec le hashtag #IamALiberianNotAVirus. © DR

Ils sont d’origine libérienne ou tout simplement africaine et ne sont désormais vus que comme des potentiels porteurs du virus Ebola. Aux États-Unis, la phobie de l’épidémie a d’ores et déjà frappé. "Tu viens du Liberia, donc tu es malade", s’est ainsi entendu dire une petite fille de neuf ans alors qu’elle bavardait avec ses camarades d’école, rapporte The Guardian.

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Celle-ci, fille de Shoana Solomon, un photographe et présentateur de télévision, était arrivée de Monrovia en septembre, sans qu’elle ait depuis été l’objet d’une quelconque surveillance sanitaire. Mais qu’importe, depuis que la peur d’Ebola a gagné le territoire américain, depuis la mort du Libérien-Américain Thomas Edward Duncan, la communauté libérienne des États-Unis vit au rythme de la stigmatisation.

Des témoignages dans tout le pays

Deux jours après le récit de sa fille, Solomon reçoit ainsi un appel de sœur, raconte-t-il au Guardian. "Sa fille était à l’école et avait éternué une ou deux fois. Ils ont pris sa température et l’ont placée seule dans une pièce." Avant d’appeler sa mère et de demander à  ce qu’elle retire temporairement sa fille de l’école. Celle-ci n’a pourtant jamais mis les pieds au Libéria, et n’a pas été en contact avec quelqu’un revenant du pays depuis environ deux ans.

Tu viens du Liberia, donc tu es malade.

Les témoignages similaires se multiplient sur l’ensemble du territoire américain. Université qui refuse l’inscription d’étudiants africains au Texas, renvoi temporaire d’un lieu de travail, défiance des pouvoirs publics à l’endroit de la communauté libérienne, notamment celle vivant dans le quartier de Staten Island, à New York, rebaptisé Little Liberia.

"D’abord notre guerre civile de 14 ans, et maintenant Ebola"

"Ne vous méprenez pas : j’ai peur", explique Salomon au Guardian. "Ebola est une chose sérieuse. Je ne veux pas minimiser cela. Mais il doit y avoir une certaine sensibilité. Nous avons vécu tellement de choses en tant que pays : d’abord notre guerre civile de 14 ans, et maintenant Ebola. La stigmatisation, c’est tout simplement trop".

Il a donc initié une campagne sur les réseaux sociaux intitulée #IamALiberianNotAVirus ("Je suis un Libérien, pas un virus"). La vidéo YouTube a été vue près de 20 000 fois depuis sa mise en ligne le 13 octobre et le hashtag a été repris à plusieurs milliers de reprises sur Twitter, parfois accompagnées de photos. Pas sûr cependant que cela suffise à dissiper l’angoisse des Américains.